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FRA – 2009: Charles Darwin a 200 ans

L’exploitation de la théorie de Charles Darwin n’a jamais cessé depuis 150 ans, notamment car les sciences économiques ont cherché un modèle puisant sa légitimité dans un « ordre biologique naturel ». Le capitalisme est-il donc une conséquence logique de l’instinct de survie de notre espèce? A-t-on perverti la théorie de On the origin of species afin de justifier une société de classes ?

Darwin

Pour convaincre, Charles Darwin se devait de montrer
que la « lutte » était un facteur fondamental de l’évolution. Cependant, il n’en apporte que des preuves indirectes, et reste assez réservé, général. Alors, la « lutte impitoyable » a-t-elle vraiment joué le rôle qu’on lui assigne dans l’évolution des espèces?
L’influence de Darwin sur les sciences économiques étant monumentale,
il est important de rappeler que la théorie néoclassique
« libérale » n’en a retenu qu’un aspect : celui de la « compétition
impitoyable », ignorant totalement
la dimension de « coopération
», pourtant bien présente – et fondamentale – dans la théorie de l’évolution.
Au début, puisqu’elle remettait en cause la justification religieuse des classes bourgeoises, dominant selon
un « ordre divin » immuable, la théorie de Darwin a transcendé les idéaux révolutionnaires par le « droit à la lutte des prolétaires ». Cependant, très rapidement, les classes dominantes ont tiré de la théorie de Darwin le concept d’une classe, plus apte, plus prévoyante, une classe d’exploitants, ainsi mieux adaptée au monde capitaliste
(un argument impertinent: les « pauvres » ont généralement plus d’enfants que les « riches », et seraient par conséquent plus « compétitifs » dans le grand Jeu de l’évolution…) : la justification de la domination naturelle de cette
dernière était donc sauve.
De même que la classe anciennement
dominante a conservé sa place après Darwin, on inventait durant la deuxième moitié du 19ème siècle un capitalisme débridé
des plus sauvages, oubliant toute considération humaniste dans sa conception des moyens de production, capitalisme précisément
« naturel ». Le capitalisme devenant la « supériorité des plus forts », la théorie de l’évolution -biaisée- en devenait le principe. Le capitalisme était forcément devenu
naturel: il est dès lors aussi triomphant qu’impitoyable. Ainsi, ceux qui couronnaient Darwin d’une main, justifiaient de l’autre une exploitation éhontée de l’homme
par l’homme.
L’histoire de la pensée prouve que tous les arguments en faveur d’une coopération, d’une entraide entre individus (ou animaux), conditionnant
leur adaptabilité, leur capacité à survivre, ont été systématiquement
battus en brèche, décrédibilisés, notamment par Herbert Spencer.
En fait, les phénomènes sociaux seraient cruciaux dans « notre » capacité de survie dans un monde de luttes et de bouleversements écologiques majeurs. Il est facile de comprendre quelles sont les implications
de cette remarque simple, sur le plan économique, et sur le plan politique : elle est « dangereuse
» pour l’ordre social structurant
dans lequel nous vivons et devons accepter comme tel.
Comment la théorie économique actuelle a-t-elle été influencée par le darwinisme, et surtout par quelle
sorte de darwinisme ? Comment postuler un autre ordre de rapports
sociaux sans tomber dans les clichés dans lesquels la pensée
« anarcho-syndicaliste » a été souvent enfermée? Les crises seraient-
elles la résultante d’une vision
purement « compétitiviste » de nos rapports?
De même, comment considérer la notion d’environnement dans une situation de concurrence et de consommation exacerbée, as if there was no tomorrow ?
En 1919, Pierre Kropotkine tentait une synthèse dans « L’entr’aide ». A travers une étude naturaliste des humains, il montre en quoi nous sommes des animaux fondamentalement
sociaux, coopératifs
et solidaires. L’homme nu, qui ne court pas très vite, ne nage pas bien et ne peut pas voler, aurait-il survécu sans l’entre-aide, sans le partage permanent et gratuit des connaissances, des intelligences, des mythes et des biens ?
Si le sourire, la main tendue, l’altruisme,
le partage existent encore,
c’est peut-être parce que sans eux nous ne serions pas là…
Cette année, Darwin aurait 200 ans, son On the Origin of Species a 150 ans. Nos sociétés traversent une crise fondamentale : économique,
environnementale, sociale et certainement philosophique. N’est-il pas temps de se tourner vers Darwin pour essayer de repenser
de nos rapports humains ?
Si seulement Charles pouvait nous aider… Au fait, bon anniversaire!
Paul-Jean Patrick
Pour convaincre, Charles Darwin se devait de montrer que la « lutte » était un facteur fondamental de l’évolution. Cependant, il n’en apporte que des preuves indirectes, et reste assez réservé, général. Alors, la « lutte impitoyable » a-t-elle vraiment joué le rôle qu’on lui assigne dans l’évolution des espèces?
L’influence de Darwin sur les sciences économiques étant monumentale, il est important de rappeler que la théorie néoclassique « libérale » n’en a retenu qu’un aspect : celui de la «compétition impitoyable », ignorant totalement la dimension de « coopération », pourtant bien présente – et fondamentale – dans la théorie de l’évolution.
Au début, puisqu’elle remettait en cause la justification religieuse des classes bourgeoises, dominant selon un « ordre divin » immuable, la théorie de Darwin a transcendé les idéaux révolutionnaires par le « droit à la lutte des prolétaires ». Cependant, très rapidement, les classes dominantes ont tiré de la théorie de Darwin le concept d’une classe, plus apte, plus prévoyante, une classe d’exploitants, ainsi mieux adaptée au monde capitaliste (un argument impertinent: les « pauvres » ont généralement plus d’enfants que les « riches », et seraient par conséquent plus « compétitifs » dans le grand Jeu de l’évolution…) : la justification de la domination naturelle de cette dernière était donc sauve.
De même que la classe anciennement dominante a conservé sa place après Darwin, on inventait durant la deuxième moitié du 19ème siècle un capitalisme débridé des plus sauvages, oubliant toute considération humaniste dans sa conception des moyens de production, capitalisme précisément « naturel ». Le capitalisme devenant la « supériorité des plus forts », la théorie de l’évolution -biaisée- en devenait le principe. Le capitalisme était forcément devenu naturel: il est dès lors aussi triomphant qu’impitoyable. Ainsi, ceux qui couronnaient Darwin d’une main, justifiaient de l’autre une exploitation éhontée de l’homme par l’homme.
L’histoire de la pensée prouve que tous les arguments en faveur d’une coopération, d’une entraide entre individus (ou animaux), conditionnant leur adaptabilité, leur capacité à survivre, ont été systématiquement battus en brèche, décrédibilisés, notamment par Herbert Spencer.
En fait, les phénomènes sociaux seraient cruciaux dans « notre » capacité de survie dans un monde de luttes et de bouleversements écologiques majeurs. Il est facile de comprendre quelles sont les implications de cette remarque simple, sur le plan économique, et sur le plan politique : elle est « dangereuse » pour l’ordre social structurant dans lequel nous vivons et devons accepter comme tel.
Comment la théorie économique actuelle a-t-elle été influencée par le darwinisme, et surtout par quelle sorte de darwinisme ? Comment postuler un autre ordre de rapports sociaux sans tomber dans les clichés dans lesquels la pensée « anarcho-syndicaliste » a été souvent enfermée? Les crises seraient-elles la résultante d’une vision purement « compétitiviste » de nos rapports?
De même, comment considérer la notion d’environnement dans une situation de concurrence et de consommation exacerbée, as if there was no tomorrow ?
En 1919, Pierre Kropotkine tentait une synthèse dans « L’entr’aide ». A travers une étude naturaliste des humains, il montre en quoi nous sommes des animaux fondamentalement sociaux, coopératifs 
et solidaires. L’homme nu, qui ne court pas très vite, ne nage pas bien et ne peut pas voler, aurait-il survécu sans l’entre-aide, sans le partage permanent et gratuit des connaissances, des intelligences, des mythes et des biens ?
Si le sourire, la main tendue, l’altruisme, le partage existent encore, c’est peut-être parce que sans eux nous ne serions pas là…
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Cette année, Darwin aurait 200 ans, son On the Origin of Species a 150 ans. Nos sociétés traversent une crise fondamentale : économique, environnementale, sociale et certainement philosophique. N’est-il pas temps de se tourner vers Darwin pour essayer de repenser de nos rapports humains ?
Si seulement Charles pouvait nous aider… Au fait, bon anniversaire!
Paul-Jean Patrick

 

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FRA – «Vers un changement de paradigme ?»

sdf2

J’étais paisiblement assis sur un banc lorsqu’elle m’approche, d’un air timide,
et me demande si j’aurais la bonté de lui rouler une cigarette. Etant quelqu’un de généreux par nature, j’accepte
volontiers et j’engage la conversation
: j’apprends qu’elle cherche un endroit où dormir et que la vie lui a jeté un mauvais sort. Très croyante, elle me demande si c’est le bon Dieu qui a souhaité
que sa vie se déroule ainsi ; c’est avec fatalisme qu’elle accepte son malheureux
coup du sort. Après un quart d’heure de discussion, elle me remercie
et continue son chemin, ne sachant où le destin la conduira. Je reste assis quelques minutes à cogiter, me demandant
comment la société accepte de telles
injustices.
Ce qui est paradoxal, c’est que je lisais quelques heures plus tôt les théories d’Ayn Rand, la théoricienne de l’objectivisme.
La rencontre avec cette dame me permet de me rendre compte de l’absurdité de la pensée de cette intellectuelle
américaine. Selon Rand, l’objectif moral de l’existence est la poursuite du bonheur, « l’intérêt personnel
rationnel », rendu possible par le laissez-faire capitaliste. Mais comment
omettre des relations sociales la sensibilité de l’homme ? Penser que la rationalité poussée à son maximum permet aux individus d’atteindre leur bonheur individuel relève tout simplement
de l’aveuglement idéologique. Nier que le lien social se fonde sur la sociabilité, sur l’interaction et l’interdépendance
mutuelle des citoyens, c’est réfuter que l’homme est un « animal social », comme le disait si justement Aristote. Expliquer la déviance par un manque de rationalité me semble réducteur,
surtout lorsque l’on se place dans une logique de laissez-faire absolu.
L’absence d’Etat rime avec absence d’équité. Au nom de la justice sociale, Durkheim dit à ce sujet que si l’Etat «ne sait plus garantir l’égalité, il peut garantir l’équité». Ce sont d’ailleurs la sûreté et la justice qui permettent de garantir le bon fonctionnement de nos sociétés démocratiques.
Je ne remets pas en question le libéralisme
économique et politique, puisque c’est un système que je juge efficace lorsqu’il est bien régulé. Au contraire, je me positionne contre les penseurs qui voient en l’Etat un élément contraignant,
empêchant les individus de s’exprimer
librement. C’est justement cet Etat rationnel, informé et soucieux de faire primer l’intérêt général sur l’intérêt
particulier qui permet à tous les individus d’une société d’atteindre, ne serait-ce qu’en partie, le bonheur qu’ils souhaitent. Force est de constater que l’Etat français actuel peine à remplir cet objectif. Pour preuve, le manque d’engagement en ce qui concerne la construction de logements sociaux, à un moment où les inégalités s’accroissent,
me permet de conclure que le chemin à parcourir est encore long. Le laissez-faire économique, ce fléau qui profite aux plus informés d’entre nous, déchire le peu de lien social qui persiste
dans notre société et marginalise les laissés-pour-compte du système. Il est grand temps de responsabiliser la classe politique afin de réguler le système
économique et financier, dans l’optique de redistribuer les richesses de manière équitable.
Les théoriciens du trickle-down economics,
qui croient que ce sont les plus fortunés qui permettent à la société dans son ensemble de s’enrichir, sont avisés de revoir leur copie. S’il est vrai que la mondialisation et la libéralisation
des échanges a permis à des millions
d’hommes et de femmes de sortir de la pauvreté, je persiste à penser que l’Etat providence est le meilleur outil d’enrichissement collectif. Comme les keynésiens, je pense qu’une relance économique passe par l’allègement fiscal de toutes les couches de la population,
et non pas seulement des 10% les plus riches. C’est au nom de telles théories que les fondements du développement
sont édifiés : donnons aux investisseurs les moyens d’investir, et la population entière verra son niveau de vie s’améliorer. Or, il est évident que les firmes transnationales ne sont pas un facteur de développement efficace, puisque les avantages dont elles bénéficient
se font au détriment des populations
locales. Il en est de même pour le laissez-faire auto-régulé, qui ne mène qu’à l’accroissement des inégalités : la crise économique actuelle en est la preuve irréfutable.
Rand rejette ce que Auguste Comte appelle
« l’éthique altruiste », l’obligation morale d’exister pour les autres. Selon Rand, cette obligation morale d’aider autrui justifie la coercition afin de bénéficier
à certains au détriment des autres. Je récuse fortement cette vision des choses. Je pense que l’altruisme est ce qui permet aux hommes de surpasser
le matérialisme qui individualise l’homme à l’excès. De nos jours, plus personne ne se parle, plus un regard de compassion n’est offert aux plus démunis
; les images des Enfants de Don Quichotte sur le canal Saint-Martin nous laissent indifférents, puisqu’en tant que « passagers clandestins » nous supposons que quelqu’un d’autre fera ce que l’on ne souhaite pas faire. Il est temps de remédier au déficit de solidarité qui caractérise nos sociétés dites « avancées » ou « modernes », qui se fondent davantage sur l’hypocrisie
et l’inégalité des chances que sur la fraternité, véritable force motrice du progrès.
Je ne compte pas écrire un pamphlet révolutionnaire faisant appel aux armes,
j’espère seulement pousser le lecteur
à la réflexion, au questionnement profond de l’importance que nous devrions
accorder au bonheur matériel. Croire à la rationalité absolue des hommes
et l’ériger en loi universelle me dérange
profondément, puisque les élites en semblent globalement dépourvues, si ce n’est pour maximiser leurs intérêts,
peu importe le coût subi par la collectivité.
La discussion que j’ai eue avec cette dame m’a fait comprendre que le sens de la vie ne se résume pas à la consommation
personnelle mais à l’entraide et la solidarité. J’espère que cette dame a trouvé un endroit propre et sec pour passer la nuit, et que la roue tournera enfin en sa faveur.
Timothée Trimm

Un événement banal m’a profondément marqué aujourd’hui, et me fait réaliser à quel point nous sommes inconscients de la chance dont certains d’entre nous bénéficions. C’est le partage d’une cigarette avec une sans-abri parisienne qui me pousse à rédiger cet article, je lui dédie donc ces quelques mots.

J’étais paisiblement assis sur un banc lorsqu’elle m’approche, d’un air timide, et me demande si j’aurais la bonté de lui rouler une cigarette. Etant quelqu’un de généreux par nature, j’accepte volontiers et j’engage la conversation: j’apprends qu’elle cherche un endroit où dormir et que la vie lui a jeté un mauvais sort. Très croyante, elle me demande si c’est le bon Dieu qui a souhaité que sa vie se déroule ainsi ; c’est avec fatalisme qu’elle accepte son malheureux coup du sort. Après un quart d’heure de discussion, elle me remercie et continue son chemin, ne sachant où le destin la conduira. Je reste assis quelques minutes à cogiter, me demandant comment la société accepte de telles injustices.

Ce qui est paradoxal, c’est que je lisais quelques heures plus tôt les théories d’Ayn Rand, la théoricienne de l’objectivisme. La rencontre avec cette dame me permet de me rendre compte de l’absurdité de la pensée de cette intellectuelle américaine. Selon Rand, l’objectif moral de l’existence est la poursuite du bonheur, « l’intérêt personnel rationnel », rendu possible par le laissez-faire capitaliste. Mais comment omettre des relations sociales la sensibilité de l’homme ? Penser que la rationalité poussée à son maximum permet aux individus d’atteindre leur bonheur individuel relève tout simplement de l’aveuglement idéologique. Nier que le lien social se fonde sur la sociabilité, sur l’interaction et l’interdépendance mutuelle des citoyens, c’est réfuter que l’homme est un « animal social », comme le disait si justement Aristote. Expliquer la déviance par un manque de rationalité me semble réducteur, surtout lorsque l’on se place dans une logique de laissez-faire absolu.

L’absence d’Etat rime avec absence d’équité. Au nom de la justice sociale, Durkheim dit à ce sujet que si l’Etat «ne sait plus garantir l’égalité, il peut garantir l’équité». Ce sont d’ailleurs la sûreté et la justice qui permettent de garantir le bon fonctionnement de nos sociétés démocratiques. Je ne remets pas en question le libéralisme économique et politique, puisque c’est un système que je juge efficace lorsqu’il est bien régulé. Au contraire, je me positionne contre les penseurs qui voient en l’Etat un élément contraignant, empêchant les individus de s’exprimer librement. C’est justement cet Etat rationnel, informé et soucieux de faire primer l’intérêt général sur l’intérêt particulier qui permet à tous les individus d’une société d’atteindre, ne serait-ce qu’en partie, le bonheur qu’ils souhaitent. Force est de constater que l’Etat français actuel peine à remplir cet objectif. Pour preuve, le manque d’engagement en ce qui concerne la construction de logements sociaux, à un moment où les inégalités s’accroissent, me permet de conclure que le chemin à parcourir est encore long. Le laissez-faire économique, ce fléau qui profite aux plus informés d’entre nous, déchire le peu de lien social qui persiste dans notre société et marginalise les laissés-pour-compte du système. Il est grand temps de responsabiliser la classe politique afin de réguler le système économique et financier, dans l’optique de redistribuer les richesses de manière équitable.

Les théoriciens du trickle-down economics, qui croient que ce sont les plus fortunés qui permettent à la société dans son ensemble de s’enrichir, sont avisés de revoir leur copie. S’il est vrai que la mondialisation et la libéralisation des échanges a permis à des millions d’hommes et de femmes de sortir de la pauvreté, je persiste à penser que l’Etat providence est le meilleur outil d’enrichissement collectif. Comme les keynésiens, je pense qu’une relance économique passe par l’allègement fiscal de toutes les couches de la population, et non pas seulement des 10% les plus riches. C’est au nom de telles théories que les fondements du développement sont édifiés : donnons aux investisseurs les moyens d’investir, et la population entière verra son niveau de vie s’améliorer. Or, il est évident que les firmes transnationales ne sont pas un facteur de développement efficace, puisque les avantages dont elles bénéficient se font au détriment des populations locales. Il en est de même pour le laissez-faire auto-régulé, qui ne mène qu’à l’accroissement des inégalités : la crise économique actuelle en est la preuve irréfutable.

Rand rejette ce que Auguste Comte appelle « l’éthique altruiste », l’obligation morale d’exister pour les autres. Selon Rand, cette obligation morale d’aider autrui justifie la coercition afin de bénéficier à certains au détriment des autres. Je récuse fortement cette vision des choses. Je pense que l’altruisme est ce qui permet aux hommes de surpasser le matérialisme qui individualise l’homme à l’excès. De nos jours, plus personne ne se parle, plus un regard de compassion n’est offert aux plus démunis; les images des Enfants de Don Quichotte sur le canal Saint-Martin nous laissent indifférents, puisqu’en tant que « passagers clandestins » nous supposons que quelqu’un d’autre fera ce que l’on ne souhaite pas faire. Il est temps de remédier au déficit de solidarité qui caractérise nos sociétés dites «avancées» ou « modernes », qui se fondent davantage sur l’hypocrisie et l’inégalité des chances que sur la fraternité, véritable force motrice du progrès.

Je ne compte pas écrire un pamphlet révolutionnaire faisant appel aux armes, j’espère seulement pousser le lecteur à la réflexion, au questionnement profond de l’importance que nous devrions accorder au bonheur matériel. Croire à la rationalité absolue des hommes et l’ériger en loi universelle me dérange profondément, puisque les élites en semblent globalement dépourvues, si ce n’est pour maximiser leurs intérêts, peu importe le coût subi par la collectivité.

La discussion que j’ai eue avec cette dame m’a fait comprendre que le sens de la vie ne se résume pas à la consommation personnelle mais à l’entraide et la solidarité. J’espère que cette dame a trouvé un endroit propre et sec pour passer la nuit, et que la roue tournera enfin en sa faveur.

Timothée Trimm

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