Marc : L’ « espèce de délicieux béguinage flamand » de Paul Guth

« J’ai écrit ces chroniques estudiantines à la plume, assis sur les marches d’un escalier menant aux chambres d’un pavillon de la Fondation Deutsch de la Meurthe, durant mes heures de repas ; bref sur place, à la manière d’un peintre qui réalise un tableau in situ » Marc Ryckewaert.

Tous les « deutschois » le connaissent, de près ou de loin. Lunettes rondes d’écaille, regard malin, sourire lumineux, allure estudiantine, sa sempiternelle et doctorale blouse blanche sait résoudre toutes les urgences des résidents.

Attardez-vous quelques instants avec l’homme. Si vous avez de la chance, Il saura vous faire revivre l’instant où Simone de Beauvoir rencontra Jean-Paul Sartre, dans une chambre anonyme d’un pavillon supposé. Il pourra même vous confier secrètement les numéros de chambre d’ex-résidents : Habib Bourguiba, Léopold Sédar Senghor, Raymond Barre, Sarah Kofman… ou encore vous racontera-t-il pourquoi Robert Brasillach, « Bob », qui, s’il reste une figure de la littérature française bannie des étagères, fut fusillé à la Libération, à 35 ans.
Mieux que quiconque, Marc Ryckewaert sait ressentir dans les douces odeurs d’encaustique de la Fondation Deutsch de la Meurthe ces « ambiances ineffables et chaleureuses des jeunesses envolées, de bohèmes évanouies, d’époques révolues. » Ange-gardien du « Royaume d’Enfance » du jeune Senghor, il saura aussi vous souffler que Jean-Paul, qui encore hante ces lieux, nous rappelle qu’il « faut lutter contre un régime et une idéologie néfaste » et se prévaloir de tous les racismes ; et que la Cité mériterait parfois mieux qu’un traitement qui manque de psychologie et de discernement.
Rares sont les romans qui prennent pour cadre la Cité Internationale : Le Marchand d’oiseaux (1936) de Robert Brasillach ou Les Hommes en blanc (1949) d’André Soubiran.

2009 voit la parution de Résonances, de « notre » gardien du temple. Si les quotidiens nationaux ont salué la sortie de ce  « roman estudiantin », si, comme pour le Da Vinci Code au Louvre, des lecteurs curieux visitent la Cité sur les traces de Résonances, la sortie de cet ouvrage d’une petite centaine de pages n’a paradoxalement pas vraiment « résonné » dans l’enceinte de la Cité.  Cité Babel s’y emploie donc modestement.
Dans un style rafraichissant mais exigeant, Marc Ryckewaert s’adresse à l’intemporalité de la Cité Internationale qu’il vit de l’intérieur.  L’auteur choisit Schiller pour débuter le roman « J’ai jadis perdu ma patrie pour l’échanger contre le vaste monde » : déjà, nous le savons, nous sommes à la Cité. Une plume sensuelle nous plonge au cœur de notre environnement quotidien, et après un passage par la Fondation Suisse, le lecteur se retrouve à la Deutsch, cette « espèce de délicieux béguinage flamand »  de Paul Guth.
Regorgeant d’informations sur la Cité Internationale et son histoire, Résonances nous fait partager des moments de vie de trois résidentes brillantes, Meriem Korichi, Hélène d’Automne et Anne Baert. Studieuses, escrimeuses, cultivées, on les fantasme. Méritantes, respectueuses, assoiffées d’azur, elles sont à l’opposé d’une certaine image d’une jeunesse égarée que des gérontocrates cherchent à propager. Résidentes comme nous, elles ont la chance de vivre dans un environnement hors du commun. Résonances évoque, par cette amitié et ces rires, ce quartier parisien de jeunesse : une histoire retrouvée des lieux. ●

GLG

Résonances, Editions Persée,  978-2-35216-359-6 10 €

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