FRA – Pourquoi je déteste Paris (et pourquoi je ne veux pas partir)

Les proverbes disent toujours que dans la vie, on a rien sans rien.

Ce n’est surtout pas un an en voyage à Paris qui fera exception.

Ça m’a pris un bon mois pour me faire à l’idée de payer 7 dollars un sandwich et je ne me suis toujours pas remis d’avoir à dépenser le prix d’un café si je veux utiliser les toilettes sur un coup de tête – de crainte que quelque chose d’autre ne se paye mon pantalon. J’ai toujours pensé que les toilettes publiques (vous voyez de quoi je parle ?) étaient une sorte de farce sadique inventée par Rollercoaster Tycoon (jeu vidéo, NDLR) et créées pour me permettre  de rire aux éclats des petits personnages de dessins animés vomissant partout sur l’écran de mon ordinateur, mais j’aurais dû savoir que les Parisiens, que les stations puant la pisse ne dérangent pas, seraient au-delà du stratagème. Mais là, je m’égare.

Le prix excessif de mon échange international ne vient pas en fait du coût de la vie mais d’avoir à rectifier mes attentes, ce qui a été la meilleure attitude.

Quand les gens me demandent des nouvelles de Paris… en fait, d’habitude, ils ne me demandent rien. Ils formulent des déclarations du style “Tu dois t’éclater!” ou bien “Parle-moi de ta petite amie française !”, ou bien ils posent leurs questions avec la réponse déjà en tête, du genre “A quel point est-ce merveilleux là-bas ?” Malheureux de leurs vies bien rangées, ils attendent de moi que je vive leurs rêves, donc – au risque de passer pour un geignard, un indifférent salaud à l’approche mon retour – mes réponses à ces “questions” incluent forcément à chaque fois les mots “amazing,” “unbelievable,” ou encore “incredibly hot.” ( « génial, incroyable…). Le problème c’est que, comme toutes les comparaisons entre fantasme et réalité, le Paris de l’imagination des Américains du Midwest ne colle pas vraiment au Paris du monde réel.

Les guides de voyage et les films de Marie-Kate & Ashley qui façonnent le Paris des Américains du Midwest n’ont pas pour habitude de mentionner l’énorme population de sans domiciles fixes (SDF), les trottoirs de merde dont les côtés sont infestés de pigeons, les rues embouteillées ou encore la lugubre et morne monotonie de l’abîme sans soleil et sans neige qui va de décembre à mars.

Une fois arrivés ici, les touristes eux même ne remarquent pas non plus ces choses – parce qu’ils ne veulent pas gâcher leur trip. Pour le peu de temps qu’ils sont sur Paris[1], ils sont rattrapés par leur monde de rêve mythique, partial, auto-créé et super-imposé, malheureusement renforcé par les festivités. C’est un cercle vicieux : ils voient ce qu’il veulent voir.

Ils ignorent les regards vides dans le métro parce qu’ils sont trop occupés à raconter des bêtises à propos de la Tour Eiffel qui s’allume. “Oh mon Dieu, c’était si inattendu !” Ils se dirigent sans s’inquiéter à travers les nuages de fumée de cigarette, les foules errantes parce qu’ils trop occupées à dire des bêtises à propos des politesses pour s’asseoir à côté de quelqu’un dans un café. ( Ce concept révolutionnaire les protège aussi des prix scandaleux qu’ils payent pour les mauvaises commandes, servies d’habitude avec une pointe de dédain.) Et ils ne doivent pas faire face aux plaintes  incessantes, généralisées et affligeantes car « ces mecs géniaux du Frog and Princess (Pub anglais) hier soir” sont toujours là pour se joindre à leur enchantement.

Mais tout le monde ne peut pas être aussi inconscient et je sais maintenant pourquoi les Parisiens sont si froids. Ils doivent entendre ces stupidités. Tous les jours. Ils voient bien les sans domiciles fixes à chaque coin de rue. Tous les jours. Ils sentent bien la pisse dans le métro. Tous les jours. Et ils marchent dans une crotte ou bien se font chier dessus par les pigeons. Presque tous les jours. Ils sont accablés par le train-train quotidien d’une ville conçue pour des vacances et leur seule ressource est tout simplement de tout refouler. Bien sûr, cela rend la vie encore plus maussade.

Le truc, en fin de compte, est de trouver dans la réalité submergeante, inhumaine et fadement énervante de la vie quotidienne des parisiens les éléments qui permettent d’être romantique. Et je ne parle pas de prendre du temps libre après l’école ou le travail pour aller voir la collégiale Notre Dame ou l’Arc de Triomphe, bien que ça en fasse parti. Je parle d’aller chercher dans cette ville ce qui vous intéresse. Bien que pour les Américains du Midwest la manifestation de l’idéal parisien puisse prendre les formes sans intérêt d’une masse d’acier scintillante ou d’un petit portrait dépressif, de tels symboles ne sont pas les véritables raisons pour lesquelles les gens viennent à Paris pour les admirer.

Le truc est de trouver vos propres symboles, pour vos propres raisons. Vivre à Paris ne doit pas étouffer son aura, mais la renforcer. C’est bien plus facile pour nous de fermer notre esprit à la réalité quand cela ne correspond pas à nos idéaux, en agissant ainsi, nous manquons tout ce qui vaut le coup. En citant pompeusement Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry : “Droit devant soi on ne peut pas aller bien loin[2].” En d’autres termes, pour établir une comparaison révélatrice aux équivalents Nord américain, Ferris Bueller avait raison quand il a dit “life moves pretty fast. If you don’t stop and look around once in a while, you could miss it.” (La vie passe vite. Si tu ne t’arrêtes pas pur regarder un peu autour de temps en temps, tu pourrais bien la manquer)

Nous devons donc faire un effort concerté pour apprécier tout ce que Paris a à offrir ; pour rectifier nos attentes avec la réalité. Sinon, frustrés par le fossé entre la réalité et nos attentes, on trouve que Paris est misérable à vivre. Cela peut sembler cher payé pour de l’autosatisfaction mais avec les possibilités que Paris offre, cette façon alternative de voir les choses vaut le coup au final. En fait, comme on dit, dans la vie, tout se paye.


[1]NDT : en français dans le texte.

[2] NDT : en français dans le texte.

Traduction de Raphaël Girault & GLG

Article publié pour la première fois le 26/01/2010

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ENG – Why Paris sucks (and why I don’t want to leave)

« Les guides touristiques ne parlent pas de l’énorme population sans-abri, des trottoirs jonchés de crottes de chien qui longent ces rues, embouteillées et infestées de pigeons. »
Le Paris mythologique des Nord-Américains est une construction éloignée de la réalité, que seuls les touristes poursuivent. Vivre à Paris est une confrontation quotidienne à cette réalité. La vie parisienne détruit les mythes et les clichés. Pour le meilleur.

The proverbial they always say that nothing in life comes cheap. And a year abroad in Paris is definitely no exception. It took me a good month before I could rationalise paying seven dollars for a sandwich, and I still haven’t gotten over the fact that I’m going to be run at least the cost of an espresso if I want to use a bathroom on a whim – lest something else run down my pants. I always thought that the pay as you go bathroom (get it ?) was some sadistic/hilarious invention of Rollercoaster Tycoon that was created to enable me to laugh uproariously at tiny cartoon characters throwing up all over my computer screen, but I should have known that the Parisians, unflinching in their dedication to have all of their Metro stations reek of piss, would have been behind the ploy.
But I digress.

The steep price of my exchange hasn’t in fact been due to the outlandish cost of living here; turns out that rectifying my actual experience with others’ expectations of what it should be has taken the much greater toll.
When people ask me about Paris…well they usually don’t actually ask me anything. They rather frame statements like “You must be having a great time!” or “Tell me about your French girlfriend!” as questions, or pose their questions with the answer already in mind, as in “How amazing is it there?” Unhappy with their own regular lives, they expect me to be living their dream, so – at the risk of being castrated for being a whiny, unappreciative asshole upon my return – my answers to such “questions” must always include the words “amazing,” “unbelievable,” or “incredibly hot.” The problem is that, like most comparisons between idealised fantasy and reality, the Paris of the North American imagination really doesn’t stack up to the Paris of the real world. (Note: I understand that many North Americans conceptualise “the real world” as a TV show instead of as actual reality, but I think that that only reinforces my point.)

The tour books, travel guides, and Marie-Kate and Ashley movies that create Paris for North Americans usually don’t mention the city’s noticeably enormous homeless population, the shit walkways that flank its pigeon-infested and traffic-jammed streets, or the bleak, glum monotony that is its sunless, snowless abyss of December to March.
And once here, the tourists themselves don’t notice these things either – because they don’t want to spoil their own fun. For the brief time that they are sur Paris, they get caught up in their partially self-constructed, partially super-imposed mythological dream-world because it is sadly reaffirmed by their revelries. It’s a vicious cycle: they see what they want to see because they want to see it.
They ignore the blank stares on the Metro because they are too busy blathering on about the Eiffel Tower lighting up. “Oh my God, it was just like so unexpected!” They drift unconcerned through the clouds of cigarette smoke puffing out of the meandering crowds because they are too busy blathering on about the civility of sitting next to somebody at a café. (This revolutionary concept also protects them from the outrageous prices they pay for the wrong orders, which are usually served with a side of disdain.) And they do not have to cope with contrived, over-generalised, and incessant blatherings because “those awesome guys from the Frog and Princess last night” are always there to join them in their amazement.

But not everybody can be so oblivious, and I now know why Parisians are so cold. They do have to hear such blatherings. Every day.They do see the homeless at every street corner. Every day. They do smell the piss in the Metro. Every day. And they do step in shit, or get shit on. Almost every day. They are overpowered by the daily grind of a city designed for temporary vacationing, and their recourse is to simply block it all out. Of course, that only makes life more miserable.

The trick, then, is to find within the overbearing, inhuman, and just-plain-annoying reality of Parisian everyday life the elements that allow it to be romanticised. And I am not talking about taking time off from school or work to go see Notre Dame or the Arc de Triomphe, though that may be part of it. I am talking about taking from the city whatever it is that you want it to provide. For while North American manifestations of the Parisian ideal may take the uninspiring forms of a twinkling mass of steel or of a depressingly small portrait, such symbols are not the real reasons that people escape to Paris to admire them.

The trick is to find our own symbols, for our own reasons. Living in Paris should not stifle its aura, but should strengthen it. So while it is much easier for us to close our minds to our reality when it does not live up to our ideals, in doing so we miss all that does. To snobbishly quote Antoine de Saint-Exupéry’s Le Petit Prince: “Droit devant soi on ne peut pas aller bien loin.” In other words, and to tellingly draw a comparison to the North American equivalent, Ferris Bueller had a point when he said that “life moves pretty fast. If you don’t stop and look around once in a while, you could miss it.”

We must therefore make a concerted effort to appreciate all that Paris has to offer; to rectify reality with expectations. Otherwise, sedated by regular responsibilities and frustrated by the gulf between real life and outside expectations, we find in Paris but a miserable place to live. It may seem like a heavy price to pay for complacency, but with the possibilities that Paris provides those of the alternative mind set, it all becomes worth it in the end.

Indeed, as they say, nothing in life comes cheap. ●

Jake HELLER

Résident à la Fondation de Monaco 2008-2009
Etudiant à l’Université McGill de Montréal


Article first published on the 26th of January 2010

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Colombie : Vert ou Jaune?

Colombia: verde o amarillo? >> Traducción a continuación de la versión en francés.

Gustavo Petro, Noemí Sanín, Antanas Mockus et Juan Manuel Santos

La vie politique colombienne semble sortir de sa léthargie. Le premier tour des élections présidentielles se tiendra le 30 mai prochain et l’on assiste à un phénomène politique d’une ampleur surprenante. Alors qu’on annonçait un duel  « de droite », pour une succession dans la droite ligne d’Alvaro Uribe entre l’uribiste Noemi Sanin et, du Parti conservateur, et Juan manuel Santos (de l’hyper-uribiste parti de la U), un ancien maire de Bogotá, membre du Partido Verde (PV), Aurelijus Rutenis Antanas Mockus Šivickas, plus simplement Mockus, vient redonner de l’espoir aux progressistes et intellectuels du pays. De souche lituanienne, fils de sculpteure, philosophe et mathématicien, Antanas Mockus est un véritable extra-terrestre dans la vie politique colombienne, traditionnellement conservatrice. Célèbre pour avoir montré son « cul » à des étudiants en arts chahuteurs pour pouvoir, radicalement, donner sa conférence, il connait actuellement une progression spectaculaire dans les sondages à 20% selon Semana. Santos est encore loin avec ses 30 %, mais certains espèrent en Colombie aujourd’hui que le bouche-à-oreille citoyen permettra à Mockus de l’emporter.

Mais pour ceux qui croyaient à ce changement possible, et qui souhaitaient mettre fin à la la politique de « sécurité démocratique »  menée par le populiste-et-populaire Uribe depuis 2002, qui divise le pays, stigmatise certains groupes tout en jouant sur les peurs des Colombiens, l’alternative historique semblait être le Polo Democrático (PD) de Gustavo Petro. Le Pôle Démocratique, de couleur jaune, des « LibDems » à la colombienne, concentraient jusqu’à il y a peu tous les espoirs des progressistes.

Mais le charismatique Mockus, répétant que « la vie est sacrée », que « les ressources publiques sont sacrées », plaidant pour un environnement sain et durable, semble provoquer un bouillonnement intellectuel, une mobilisation populaire et une véritable réveil démocratique national. Dans cette élection à la française (scrutin majoritaire à deux tours), pour la gauche colombienne le dilemme est le suivant : pour gagner, doit-on rester fidèle au PD, par habitude, ou faut-il s’ouvrir au PV de Mockus?

Le premier président vert du monde serait-il colombien? Certains découvrent l’écologie, mais commencent à y penser sérieusement.

Ci-après un message d’ami : Vert ou Jaune ?

__________

Je tenais à te soumettre une réflexion que j’ai eue par rapport à la campagne présidentielle en Colombie.

Comme tu le sais, je connais relativement mal le paysage et l’histoire politiques de ton pays, et, hors du jeu politique colombien, je ne voterai pas, mais je crois percevoir une lame de fond qui pourrait faire avancer les choses dans ce pays, dont je suis peut-être justement assez éloignée pour oser te soumettre cet avis. Bon, en propos liminaire, je complèterai par mon positionnement : je suis « écologiste radicale libertaire », ce qui conditionne certainement ce qui va suivre.

A quelques semaines du vote, nous ne sommes plus, et pas encore, dans la phase d’analyse politique, mais bien dans la phase de la conquête du pouvoir par un nouveau leader. Celle-ci, au sens de Machiavel, ne doit pas s’embarrasser d’hésitations ou de débat internes interminables, surtout quand on sait que le candidat d’en face (Santos) dispose d’une armée de militants et d’une stratégie d’influence très bien ancrée dans les cercles de pouvoir.

Il me semble qu’aujourd’hui la Colombie progressiste reste cependant divisée en deux camps, qui, ensemble seraient majoritaires, mais qui, opposés, laisseraient un boulevard au candidat « uribiste ». Le jeu d’échec de l’élection présidentielle, surtout avec le scrutin majoritaire à deux tours, pourrait bien en fait consacrer un candidat minoritaire à la fonction suprême.

Faut-il, pour vous « progressistes », soutenir le PD, qui a depuis des années représenté le seul espoir de changement ou le PV, phénomène politique dont la germination récente surprend l’observateur, et qui est certainement dû à la figure d’Antanas Mockus, intellectuel et « vert » au sens européen du terme?

Il me semble que la polarisation de l’espace politique colombien s’est accrue au cours des années Uribe et que, de ton point de vue, le PD pourrait représenter LE vote 100 % changement, anti-mafias, clientélisme : le renouveau que ceux qui ont tout de suite vu clair à travers la politique de sécurité démocratique, ont toujours espéré.

Cependant, en terme d’union nationale et de perception internationale, faut-il, pour la Colombie, ce coup de barre à gauche ? Je m’explique. La popularité de l’actuel président reste indéniable, l’arrivée d’un parti « jaune » ou « orange » au pouvoir ne permettrait-elle pas à terme une « Restauration » par la Colombie conservatrice, en un mot, n’accroîtrait-elle pas la polarisation d’un pays qui cherche son union ?

D’un point de vue stratégique, n’y a-t-il pas un risque pour les Colombiens que l’élection du candidat PD, fasse croire à une filiation bolivarienne du pays avec les mouvements de gauche que l’on constate à ses frontières (ne parlons pas de Chavez….), c’est-à-dire une décrédibilisation du mouvement politique pro-changement, qui semble pourtant authentique? Je ne sais pas, en outre, si les prises de positions du PD sur les questions « sociales » (femmes, contraception, avortement, gays …) n’ont pas quelque peu troublé son « positionnement » politique.

Je comprendrais tout à fait si l’on me répondait: « tu n’y connais rien; Uribe et ses sbires ont vicié la vie politique colombienne ; seul le Polo peut permettre un retour aux valeurs de solidarité, d’éthique.. » :

1 Est-ce vrai?
2 N’y a-t-il pas mieux à faire?

Tu me vois venir avec le « mieux »… Dans cette lutte à mort entre les candidats, ne faut-il pas voir plus loin? Ne faut-il pas soutenir l’émergence d’une force écologique et morale (je ne crois pas que Mockus ait tapé dans la caisse de la mairie de Bogota…?) qui serait en fait visionnaire. Aucun chef d’état dans le monde (à ma connaissance) n’est « vert ». Quels seraient les titres des journaux du monde le 1er juin 2010 au matin (en cas de tour unique) si la Colombie était le premier pays à franchir le pas ? Je crois comprendre que Mockus, pour devenir populaire, a dû s’adresser au peuple, employant parfois une rhétorique simple qui éveille la méfiance de ta pensée élitiste. MAIS, comme évoqué en introduction, aujourd’hui, il s’agit de gagner, pas de démontrer que le philosophe sait philosopher.

Voilà, donc rapidement, as-tu pensé à ce qui pourrait engendrer le vrai changement pour la Colombie? T’es-tu suffisamment distancée pour regarder le long terme, sans inconsciemment prendre une « vengeance » contre le clan de Medellin, qui a confisqué le pouvoir depuis 2004? Je pense qu’il est malaisé pour un citoyen colombien « progressiste » de réellement faire son choix : jaune ou vert?

C’est pour cela que je voulais essayer de parler, en français, du vrai changement, de l’unité nationale et d’un progressisme qui, venant de Colombie, pourrait surprendre le monde. Je sais que ces questions t’interpelleront certainement, et je serais très contente si tes potes pouvaient peut-être t’aider à mener ces réflexions, la politique ne se faisant jamais seule.

En tous cas à bientôt et bon courage,

Ulrike

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__________

Quiero proponerte esta reflexión con respecto a la campaña presidencial en Colombia.* Como lo sabes, conozco mal el paisaje y la historia política de tu país, y, fuera del juego político colombiano, no votaré pero creo percibir una ola de fondo que podrá hacer avanzar las cosas en un país del cual estoy tal vez justamente lo suficientemente alejado para osar proponerte esta opinión. Bueno, en las observaciones introductorias, complementaré por mi posicionamiento: soy « ecologista radical libertaria », lo que condiciona seguramente lo que sigue.

A pocas semanas del voto ya no estamos en la fase de análisis político, sino en la fase de la conquista del poder por un nuevo líder. Ésta fase, en el sentido de Maquiavelo, no debe cargarse de dudas o de debates internos interminables, sobre todo cuando sabemos que el candidato que tenemos en frente (Santos) dispone de una armada de militantes y de una estrategia de influencia muy bien anclada en los círculos del poder.

Me parece que hoy la Colombia progresista sigue sin embargo dividida en dos campos, que juntos, serían mayoritarios, pero que separados, dejarían el camino libre al candidato “uribista”. El juego de ajedrez de las elecciones presidenciales, sobre todo cuando se juega a votación mayoritaria en dos vueltas, podría de hecho consagrar un candidato minoritario en la función suprema.

¿Hay que apoyar al Polo Democrático (PD), que desde hace algunos años ha representado la única esperanza de cambio, o al Partido Verde (PV), fenómeno político cuya germinación reciente sorprende al observador, y que se debe seguramente a la figura de Antanas Mockus, intelectual y « verde » en el sentido europeo del término?

Me parece que la polarización del espacio político colombiano ha aumentado a lo largo de los años Uribe, y que, desde tu punto de vista, el Polo Democrático podría representar EL voto 100% cambio, anti-mafias, clientelismo: la renovación que esperaron siempre aquellos que vieron claro de inmediato y a través de la política de seguridad democrática.

Sin embargo, en términos de unión nacional y de percepción internacional, es necesario para Colombia este cambio de dirección extremo hacia la izquierda?  Me explico. La popularidad del presidente actual es innegable, así ¿ la llegada de un partido “amarillo” o “naranja” al poder no permitiría a la larga una Restauración de la Colombia conservadora?, en otras palabras, ¿la elección del PD no incrementaría la polarización de un país que busca su unión?

Desde un punto de vista estratégico, no representa un riesgo para los colombianos que la elección del candidato del Polo Democrático cree una filiación bolivariana del país con los movimientos de izquierda que observamos en sus fronteras? (no hablemos de Chavez…) Es decir una desacreditación del movimiento político pro-cambio, que parecería sin embargo auténtica? No sé, además, si las tomas de posición del Polo sobre los asuntos sociales (mujeres, contracepción, aborto, homosexuales… ) no han de algún modo alterado su « posicionamiento » político?

Comprendería si alguien me respondiera: “Tu no sabes nada; que Uribe y sus esbirros viciaron la vida política colombiana y que sólo el Polo puede permitir un retorno a los valores de solidaridad y ética…. »

1.       ¿Es esto cierto?

2.       ¿No hay nada mejor por hacer?

En esta lucha a muerte entre los candidatos, ¿no hay que ver más lejos? ¿No hay que apoyar la emergencia de una fuerza ecológica y moral (no creo que Mockus haya tumbado a la alcaldía de Bogota… ?) que sería de hecho visionaria? Ningún jefe de estado (que yo sepa) en el mundo es verde. ¿Cuáles serían los títulos de los periódicos del mundo en la mañana del primero de junio de 2010 (en caso de que Mockus ganara en la primera vuelta) si Colombia fuera el primer país en dar ese paso? Creo comprender que Mockus, para ganar popularidad, debió dirigirse al pueblo, empleando a veces una retórica simple que despierta la desconfianza de tu pensamiento. PERO, como dije en la introducción, hoy, se trata de ganar, no de demostrar que el filósofo sabe filosofar.

Aquí están entonces rápidamente mis reflexiones, ¿ has pensado en eso que podría engendrar un verdadero cambio para Colombia ? ¿ Te has distanciado lo suficiente para ver a largo plazo, sin tomar inconscientemente una posición de venganza contra el clan de Medellín que ha confiscado el poder desde el 2004 ? Pienso que no es fácil para un ciudadano colombiano “progresista” realmente escoger: ¿verde? o ¿amarillo?

Es por ello que quise hablar, en francés, del cambio verdadero, de la unidad nacional y de un progresismo que, viniendo de Colombia, podría sorprender al mundo. Sé que estas preguntas ciertamente te interpelarán y estaré muy contenta si tu círculo social podría ayudar tal vez a dirigir estas reflexiones, ya que la política no se hace jamás de forma solitaria.

En todo caso, hasta pronto y ánimo,

UM

* E-mail escrito originalmente en la lengua materna de UM,  autora francesa de ésta epístola.  Traducido generosamente al español por Rocío Pérez  y gracias a su iniciativa para contribuír a su difusión.


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ESP – FRA – POESIA : Del diario de un viaje a Guinea Bissau.

Guinea Bissau. Catiô. 7/7/09 – 10.58pm

Algún lugar encontraré,

donde hablen en criolo.

Yo hablo español, inglés y francés

y un poco de italiano,

Cada día más. Lire la suite

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LAÏCITÉ : RELIGION ET ESPACE PUBLIC

Lorsque l’on arrive à la Cité Internationale Universitaire de Paris on trouve juste devant la Maison Internationale un grand cercle où sont inscrits certains de ses principes fondateurs. Dans cet article nous voulons attirer l’attention sur l’un d’eux, à savoir la laïcité. « Conçue dès sa fondation comme un espace laïque, la Cité Internationale ne dispose d’aucun lieu de culte » dit clairement le message que nous évoquons. C’est sans aucun doute un très nette et très beau message de bienvenue de la conception française de la laïcité à tous les visiteurs et les nouveaux arrivants : on accède à un espace laïque, vide donc de toute manifestation religieuse. Car, historiquement, au-delà de la séparation de l’Église et de l’État et de la liberté de cultes, c’est l’effacement de toute trace de la religion dans l’espace public l’implication la plus importante de la laïcité dans la tradition française. Lire la suite

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ESP – LACIDAD: RELIGIÓN Y ESPACIO PÚBLICO

En la entrada de la Ciudad Internacional Universitaria de Paris, justo frente a la Maison Internationale, se encuentra un gran círculo donde están inscritos algunos de los principios fundadores de la institución. En este artículo queremos llamar la atención sobre uno de ellos: la laicidad. “Concebida desde su fundación como un espacio laico –dice en francés el mensaje que evocamos– la Ciudad Internacional no dispone de ningún lugar de culto”. Sin duda se trata de un magnífico y directo mensaje de bienvenida de la concepción francesa de la laicidad para todos los visitantes y residentes recién llegados. Es la entrada de un “espacio laico”, vacío por tanto de toda forma de manifestación religiosa. Y es que en efecto, la desaparición de la religión del espacio público constituye acaso la más importante de las implicaciones de la laicidad, al menos en su versión francesa. Lire la suite

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INDÉPENDANCE, RÉVOLUTION ET RELIGION

L’année 2010 sera une année de commémorations dans plusieurs pays de l’Amérique hispanique. En effet, aussi bien l’Argentine que le Mexique ou la Colombie vont célébrer le bicentenaire du début de leurs guerres d’indépendance. Un fait doublement fondateur des État nationaux hispano-américains, car il touche à la fois la construction de ceux-ci à partir de la dissolution de l’ancien Empire hispanique et l’arrivée de toute la région à la modernité politique. Lire la suite

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