FRA – Le rythme parisien : est-ce que tu arrives à t’y faire ?

Traduction française:

Le rythme parisien : est-ce que tu arrives à t’y faire ?

Quand on était en Chine, on se plaignait toujours du rythme de la vie qui s’accélérait sans cesse, et on songeait à aller en Europe où on mène une vie plus paisible, plus douce et plus à l’aise. On pensait, aux petits sommes, aux parcs et à l’odeur du café sur la rive gauche. Mais quand on vient vraiment à Paris, ne trouvez-vous pas, comme moi, qu’il n’est pas si facile de s’habituer au rythme parisien ; et, par conséquence, n’éprouvez-vous pas aussi un « cultural shock » réel? Tu t’aperçois que toutes les formalités se font par correspondance, et que la réponse dépasse toujours les limites de la patience; tu t’aperçois que l’on ne se dépêche jamais en montant ou en descendant dans le métro, alors même que le sac ou le « derrière » de la dernière personne risque toujours d’être pincé par la porte; tu t’aperçois que la queue dans la cantine universitaire est même plus affreuse que celle en Chine, mais tes camarades français peuvent toujours bavarder et patienter en souriant, malgré la protestation de l’estomac; tu t’aperçois que pour un vrai repas au restaurant, on peut attendre devant le restaurant pendant trois heures, et passer même plus de temps à table. Tu sens toujours une pulsion d’hurler : « Dépêchez-vous, s’il vous plaît! »

C’est l’Europe, c’est Paris. Le temps n’est plus autant précieux, et le rythme est beaucoup moins tendu. Si le rythme de vie à Hongkong s’assimile à une polka, celui de Pékin à une sonate, alors ici, c’est vraiment une valse. Personne ne semble connaître cet adage chinois : « une seconde de temps vaut une pièce d’or »; d’autant moins va-t-on accepter l’idée de M. LuXun (un grand écrivain chinois du début du 20ème siècle) : « gaspiller le temps des autres équivaut au pillage et au meurtre ». Se calmer, patienter, c’est la vie.

Est-ce que les français n’ont pas de pression dans la vie? Pas vraiment. Les études à l’université sont quand même dures (le taux d’échec est beaucoup plus élevé qu’en Chine), ceux qui travaillent se battent aussi pour le pain, mais les travaux dus seront quand même faits et rendus. Ils ne veulent justement pas sacrifier cette « inertie » vis-à-vis au temps. Aux yeux des français, la détente est un indice très important du bien-être. On pense parfois que cela reflète le caractère paresseux, flémard, des français, bien évidemment les français n’acceptent pas ces critiques. Ils vont prétendre qu’ils investissent beaucoup dans les 35 heures, et même argumenter en invoquant les chiffres qu’ils ont la plus haute productivité par heure du monde. En tout cas, la différence du rythme ne provient pas de la différence de la pression de vie, et ne résulte pas du tout d’un prétendu « défaut du caractère » du peuple français. Cela n’émane que de la différence de mentalité et d’attitude envers la vie.

De notre point de vue, on doit « profiter » du temps. On doit donner à chaque seconde et chaque minute un « sens». On entend par le mot «sens» les activités réelles, telles qu’aller faire de l’exercice, faire fortune, ou bien « contribuer à la société ». Même pour bavarder ou sortir dans les bars, on choisit plutôt d’aller au karaoke ou jouer aux cartes, car ce sont les activités qui demandent une mobilité (il faut admettre néanmoins que sous l’influence des occidentaux, le « tea time » et les bars deviennent actuellement aussi une partie importante de la vie de beaucoup de chinois). De même, l’attente dans l’ascenseur, ou la queue devant la porte des musées, c’est juste une dépense totalement inutile de temps, que l’on déteste généralement beucoup. Au contraire, pour un français, on peut non seulement « profiter » du temps, mais on peut aussi le « tuer ». Donc les activités telles que la pure attente, ou ne rien faire avec une tasse d’espresso, leur paraissent aussi celles qui donnent lieu au «sens». Peut-être cela nous permet de se reposer, peut-être cela nous permet plus de réflexion de la vie, ou peut-être cela permet de mieux ordonner les choses. Quant au titre de transport, la carte bancaire, le remboursement de CAF, ils vont de toute façon arriver, pourquoi on s’ennuie-t-on à se presser de les obtenir? Je ne crois pas que les français ont un vrai attachement pour les files d’attente, néanmoins ils ont toujours plus de patience. Ils considèrent la queue comme une partie de la vie, plutôt que le temps de déchet hors de la vie.

Lorsque je discutais cette question avec un ami français, il m’a demandé, curieux : « le rythme tendu de la vie n’est-il pas conflictuel avec l’harmonie, que prône la philosophie chinoise? » C’était une très bonne question, que je n’arrivais pas à répondre. Je me rappelle plus tard d’une poésie de Wang Wei (un des quatre plus grand poètes chinois anciens) : « se promener jusqu’à la source de l’eau, et s’asseoir pour voir se rassembler les nuages ». Est-ce que l’harmonie entre les être-humains et la nature, ou l’harmonie d’être-humain soi-même, que poursuit le taoïsme, ne se réalise-t-elle pas par le ralentissement du rythme de vie quotidien? Ne fait-t-elle pas partie de la culture chinoise et du caractère des chinois? Est-ce que le fait que l’on n’arrive pas toujours à s’habituer au rythme de vie parisien ne reflète-t-il pas que notre vie moderne en Chine a supprimé la poursuite spirituelle de notre tradition? Pensons à la boxe Taiji, ne démontre-t-elle pas la force dans un rythme tout ralenti? Je n’ai aucune intention de prôner ce rythme parisien en Chine (personnellement, je ne crois pas que je pourrai vraiment m’habituer à ce rythme « insupportable »), mais il ne faut néanmoins pas nier qu’un rythme « ralenti » est toujours spirituellement plus riche. Au cours de notre séjour à Paris, nous pourrions donc toujours essayer d’inviter les amis, soient-ils chinois ou non, pour une tasse de café ou une bouilloire de thé, et nous pourrions toujours nous empêcher de réfléchir sur les questions politiques ou le sens d’être-humain en faisant la queue. « Bien venir, bien s’installer » (proverbe chinois), soyons-nous plus patient d’attendre dans la vie, et de vivre à l’attente.

GUAN Zhong
Résident à la Maison d’Arménie

Publicités

1 commentaire

Classé dans Français

Une réponse à “FRA – Le rythme parisien : est-ce que tu arrives à t’y faire ?

  1. Article très intéressant. Merci beaucoup.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s