Archives de Tag: « absurde capitalisme financier moderne »

Réponse à « Vers un changement de paradigme » de Timothée Trimm, Cité Babel Numéro 2

Article original

Oui, cette chronique devait être écrite, elle reste nécessaire pour dénouer les égoïsmes, OK. Pour ma part, j’apprécie la générosité de l’auteur qui a réussi sa mission de faire s’activer les cellules grises des lecteurs et je l’en remercie vivement. Heureuse finalité.
Toutefois, si, sur le fond, je partage certaines de ses assertions, je n’adhère pas à toutes et notamment à ses conclusions, ses « remèdes », son expression économique. Lire la suite

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FRA – 2009: Charles Darwin a 200 ans

L’exploitation de la théorie de Charles Darwin n’a jamais cessé depuis 150 ans, notamment car les sciences économiques ont cherché un modèle puisant sa légitimité dans un « ordre biologique naturel ». Le capitalisme est-il donc une conséquence logique de l’instinct de survie de notre espèce? A-t-on perverti la théorie de On the origin of species afin de justifier une société de classes ?

Darwin

Pour convaincre, Charles Darwin se devait de montrer
que la « lutte » était un facteur fondamental de l’évolution. Cependant, il n’en apporte que des preuves indirectes, et reste assez réservé, général. Alors, la « lutte impitoyable » a-t-elle vraiment joué le rôle qu’on lui assigne dans l’évolution des espèces?
L’influence de Darwin sur les sciences économiques étant monumentale,
il est important de rappeler que la théorie néoclassique
« libérale » n’en a retenu qu’un aspect : celui de la « compétition
impitoyable », ignorant totalement
la dimension de « coopération
», pourtant bien présente – et fondamentale – dans la théorie de l’évolution.
Au début, puisqu’elle remettait en cause la justification religieuse des classes bourgeoises, dominant selon
un « ordre divin » immuable, la théorie de Darwin a transcendé les idéaux révolutionnaires par le « droit à la lutte des prolétaires ». Cependant, très rapidement, les classes dominantes ont tiré de la théorie de Darwin le concept d’une classe, plus apte, plus prévoyante, une classe d’exploitants, ainsi mieux adaptée au monde capitaliste
(un argument impertinent: les « pauvres » ont généralement plus d’enfants que les « riches », et seraient par conséquent plus « compétitifs » dans le grand Jeu de l’évolution…) : la justification de la domination naturelle de cette
dernière était donc sauve.
De même que la classe anciennement
dominante a conservé sa place après Darwin, on inventait durant la deuxième moitié du 19ème siècle un capitalisme débridé
des plus sauvages, oubliant toute considération humaniste dans sa conception des moyens de production, capitalisme précisément
« naturel ». Le capitalisme devenant la « supériorité des plus forts », la théorie de l’évolution -biaisée- en devenait le principe. Le capitalisme était forcément devenu
naturel: il est dès lors aussi triomphant qu’impitoyable. Ainsi, ceux qui couronnaient Darwin d’une main, justifiaient de l’autre une exploitation éhontée de l’homme
par l’homme.
L’histoire de la pensée prouve que tous les arguments en faveur d’une coopération, d’une entraide entre individus (ou animaux), conditionnant
leur adaptabilité, leur capacité à survivre, ont été systématiquement
battus en brèche, décrédibilisés, notamment par Herbert Spencer.
En fait, les phénomènes sociaux seraient cruciaux dans « notre » capacité de survie dans un monde de luttes et de bouleversements écologiques majeurs. Il est facile de comprendre quelles sont les implications
de cette remarque simple, sur le plan économique, et sur le plan politique : elle est « dangereuse
» pour l’ordre social structurant
dans lequel nous vivons et devons accepter comme tel.
Comment la théorie économique actuelle a-t-elle été influencée par le darwinisme, et surtout par quelle
sorte de darwinisme ? Comment postuler un autre ordre de rapports
sociaux sans tomber dans les clichés dans lesquels la pensée
« anarcho-syndicaliste » a été souvent enfermée? Les crises seraient-
elles la résultante d’une vision
purement « compétitiviste » de nos rapports?
De même, comment considérer la notion d’environnement dans une situation de concurrence et de consommation exacerbée, as if there was no tomorrow ?
En 1919, Pierre Kropotkine tentait une synthèse dans « L’entr’aide ». A travers une étude naturaliste des humains, il montre en quoi nous sommes des animaux fondamentalement
sociaux, coopératifs
et solidaires. L’homme nu, qui ne court pas très vite, ne nage pas bien et ne peut pas voler, aurait-il survécu sans l’entre-aide, sans le partage permanent et gratuit des connaissances, des intelligences, des mythes et des biens ?
Si le sourire, la main tendue, l’altruisme,
le partage existent encore,
c’est peut-être parce que sans eux nous ne serions pas là…
Cette année, Darwin aurait 200 ans, son On the Origin of Species a 150 ans. Nos sociétés traversent une crise fondamentale : économique,
environnementale, sociale et certainement philosophique. N’est-il pas temps de se tourner vers Darwin pour essayer de repenser
de nos rapports humains ?
Si seulement Charles pouvait nous aider… Au fait, bon anniversaire!
Paul-Jean Patrick
Pour convaincre, Charles Darwin se devait de montrer que la « lutte » était un facteur fondamental de l’évolution. Cependant, il n’en apporte que des preuves indirectes, et reste assez réservé, général. Alors, la « lutte impitoyable » a-t-elle vraiment joué le rôle qu’on lui assigne dans l’évolution des espèces?
L’influence de Darwin sur les sciences économiques étant monumentale, il est important de rappeler que la théorie néoclassique « libérale » n’en a retenu qu’un aspect : celui de la «compétition impitoyable », ignorant totalement la dimension de « coopération », pourtant bien présente – et fondamentale – dans la théorie de l’évolution.
Au début, puisqu’elle remettait en cause la justification religieuse des classes bourgeoises, dominant selon un « ordre divin » immuable, la théorie de Darwin a transcendé les idéaux révolutionnaires par le « droit à la lutte des prolétaires ». Cependant, très rapidement, les classes dominantes ont tiré de la théorie de Darwin le concept d’une classe, plus apte, plus prévoyante, une classe d’exploitants, ainsi mieux adaptée au monde capitaliste (un argument impertinent: les « pauvres » ont généralement plus d’enfants que les « riches », et seraient par conséquent plus « compétitifs » dans le grand Jeu de l’évolution…) : la justification de la domination naturelle de cette dernière était donc sauve.
De même que la classe anciennement dominante a conservé sa place après Darwin, on inventait durant la deuxième moitié du 19ème siècle un capitalisme débridé des plus sauvages, oubliant toute considération humaniste dans sa conception des moyens de production, capitalisme précisément « naturel ». Le capitalisme devenant la « supériorité des plus forts », la théorie de l’évolution -biaisée- en devenait le principe. Le capitalisme était forcément devenu naturel: il est dès lors aussi triomphant qu’impitoyable. Ainsi, ceux qui couronnaient Darwin d’une main, justifiaient de l’autre une exploitation éhontée de l’homme par l’homme.
L’histoire de la pensée prouve que tous les arguments en faveur d’une coopération, d’une entraide entre individus (ou animaux), conditionnant leur adaptabilité, leur capacité à survivre, ont été systématiquement battus en brèche, décrédibilisés, notamment par Herbert Spencer.
En fait, les phénomènes sociaux seraient cruciaux dans « notre » capacité de survie dans un monde de luttes et de bouleversements écologiques majeurs. Il est facile de comprendre quelles sont les implications de cette remarque simple, sur le plan économique, et sur le plan politique : elle est « dangereuse » pour l’ordre social structurant dans lequel nous vivons et devons accepter comme tel.
Comment la théorie économique actuelle a-t-elle été influencée par le darwinisme, et surtout par quelle sorte de darwinisme ? Comment postuler un autre ordre de rapports sociaux sans tomber dans les clichés dans lesquels la pensée « anarcho-syndicaliste » a été souvent enfermée? Les crises seraient-elles la résultante d’une vision purement « compétitiviste » de nos rapports?
De même, comment considérer la notion d’environnement dans une situation de concurrence et de consommation exacerbée, as if there was no tomorrow ?
En 1919, Pierre Kropotkine tentait une synthèse dans « L’entr’aide ». A travers une étude naturaliste des humains, il montre en quoi nous sommes des animaux fondamentalement sociaux, coopératifs 
et solidaires. L’homme nu, qui ne court pas très vite, ne nage pas bien et ne peut pas voler, aurait-il survécu sans l’entre-aide, sans le partage permanent et gratuit des connaissances, des intelligences, des mythes et des biens ?
Si le sourire, la main tendue, l’altruisme, le partage existent encore, c’est peut-être parce que sans eux nous ne serions pas là…
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Cette année, Darwin aurait 200 ans, son On the Origin of Species a 150 ans. Nos sociétés traversent une crise fondamentale : économique, environnementale, sociale et certainement philosophique. N’est-il pas temps de se tourner vers Darwin pour essayer de repenser de nos rapports humains ?
Si seulement Charles pouvait nous aider… Au fait, bon anniversaire!
Paul-Jean Patrick

 

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FRA – «Vers un changement de paradigme ?»

sdf2

J’étais paisiblement assis sur un banc lorsqu’elle m’approche, d’un air timide,
et me demande si j’aurais la bonté de lui rouler une cigarette. Etant quelqu’un de généreux par nature, j’accepte
volontiers et j’engage la conversation
: j’apprends qu’elle cherche un endroit où dormir et que la vie lui a jeté un mauvais sort. Très croyante, elle me demande si c’est le bon Dieu qui a souhaité
que sa vie se déroule ainsi ; c’est avec fatalisme qu’elle accepte son malheureux
coup du sort. Après un quart d’heure de discussion, elle me remercie
et continue son chemin, ne sachant où le destin la conduira. Je reste assis quelques minutes à cogiter, me demandant
comment la société accepte de telles
injustices.
Ce qui est paradoxal, c’est que je lisais quelques heures plus tôt les théories d’Ayn Rand, la théoricienne de l’objectivisme.
La rencontre avec cette dame me permet de me rendre compte de l’absurdité de la pensée de cette intellectuelle
américaine. Selon Rand, l’objectif moral de l’existence est la poursuite du bonheur, « l’intérêt personnel
rationnel », rendu possible par le laissez-faire capitaliste. Mais comment
omettre des relations sociales la sensibilité de l’homme ? Penser que la rationalité poussée à son maximum permet aux individus d’atteindre leur bonheur individuel relève tout simplement
de l’aveuglement idéologique. Nier que le lien social se fonde sur la sociabilité, sur l’interaction et l’interdépendance
mutuelle des citoyens, c’est réfuter que l’homme est un « animal social », comme le disait si justement Aristote. Expliquer la déviance par un manque de rationalité me semble réducteur,
surtout lorsque l’on se place dans une logique de laissez-faire absolu.
L’absence d’Etat rime avec absence d’équité. Au nom de la justice sociale, Durkheim dit à ce sujet que si l’Etat «ne sait plus garantir l’égalité, il peut garantir l’équité». Ce sont d’ailleurs la sûreté et la justice qui permettent de garantir le bon fonctionnement de nos sociétés démocratiques.
Je ne remets pas en question le libéralisme
économique et politique, puisque c’est un système que je juge efficace lorsqu’il est bien régulé. Au contraire, je me positionne contre les penseurs qui voient en l’Etat un élément contraignant,
empêchant les individus de s’exprimer
librement. C’est justement cet Etat rationnel, informé et soucieux de faire primer l’intérêt général sur l’intérêt
particulier qui permet à tous les individus d’une société d’atteindre, ne serait-ce qu’en partie, le bonheur qu’ils souhaitent. Force est de constater que l’Etat français actuel peine à remplir cet objectif. Pour preuve, le manque d’engagement en ce qui concerne la construction de logements sociaux, à un moment où les inégalités s’accroissent,
me permet de conclure que le chemin à parcourir est encore long. Le laissez-faire économique, ce fléau qui profite aux plus informés d’entre nous, déchire le peu de lien social qui persiste
dans notre société et marginalise les laissés-pour-compte du système. Il est grand temps de responsabiliser la classe politique afin de réguler le système
économique et financier, dans l’optique de redistribuer les richesses de manière équitable.
Les théoriciens du trickle-down economics,
qui croient que ce sont les plus fortunés qui permettent à la société dans son ensemble de s’enrichir, sont avisés de revoir leur copie. S’il est vrai que la mondialisation et la libéralisation
des échanges a permis à des millions
d’hommes et de femmes de sortir de la pauvreté, je persiste à penser que l’Etat providence est le meilleur outil d’enrichissement collectif. Comme les keynésiens, je pense qu’une relance économique passe par l’allègement fiscal de toutes les couches de la population,
et non pas seulement des 10% les plus riches. C’est au nom de telles théories que les fondements du développement
sont édifiés : donnons aux investisseurs les moyens d’investir, et la population entière verra son niveau de vie s’améliorer. Or, il est évident que les firmes transnationales ne sont pas un facteur de développement efficace, puisque les avantages dont elles bénéficient
se font au détriment des populations
locales. Il en est de même pour le laissez-faire auto-régulé, qui ne mène qu’à l’accroissement des inégalités : la crise économique actuelle en est la preuve irréfutable.
Rand rejette ce que Auguste Comte appelle
« l’éthique altruiste », l’obligation morale d’exister pour les autres. Selon Rand, cette obligation morale d’aider autrui justifie la coercition afin de bénéficier
à certains au détriment des autres. Je récuse fortement cette vision des choses. Je pense que l’altruisme est ce qui permet aux hommes de surpasser
le matérialisme qui individualise l’homme à l’excès. De nos jours, plus personne ne se parle, plus un regard de compassion n’est offert aux plus démunis
; les images des Enfants de Don Quichotte sur le canal Saint-Martin nous laissent indifférents, puisqu’en tant que « passagers clandestins » nous supposons que quelqu’un d’autre fera ce que l’on ne souhaite pas faire. Il est temps de remédier au déficit de solidarité qui caractérise nos sociétés dites « avancées » ou « modernes », qui se fondent davantage sur l’hypocrisie
et l’inégalité des chances que sur la fraternité, véritable force motrice du progrès.
Je ne compte pas écrire un pamphlet révolutionnaire faisant appel aux armes,
j’espère seulement pousser le lecteur
à la réflexion, au questionnement profond de l’importance que nous devrions
accorder au bonheur matériel. Croire à la rationalité absolue des hommes
et l’ériger en loi universelle me dérange
profondément, puisque les élites en semblent globalement dépourvues, si ce n’est pour maximiser leurs intérêts,
peu importe le coût subi par la collectivité.
La discussion que j’ai eue avec cette dame m’a fait comprendre que le sens de la vie ne se résume pas à la consommation
personnelle mais à l’entraide et la solidarité. J’espère que cette dame a trouvé un endroit propre et sec pour passer la nuit, et que la roue tournera enfin en sa faveur.
Timothée Trimm

Un événement banal m’a profondément marqué aujourd’hui, et me fait réaliser à quel point nous sommes inconscients de la chance dont certains d’entre nous bénéficions. C’est le partage d’une cigarette avec une sans-abri parisienne qui me pousse à rédiger cet article, je lui dédie donc ces quelques mots.

J’étais paisiblement assis sur un banc lorsqu’elle m’approche, d’un air timide, et me demande si j’aurais la bonté de lui rouler une cigarette. Etant quelqu’un de généreux par nature, j’accepte volontiers et j’engage la conversation: j’apprends qu’elle cherche un endroit où dormir et que la vie lui a jeté un mauvais sort. Très croyante, elle me demande si c’est le bon Dieu qui a souhaité que sa vie se déroule ainsi ; c’est avec fatalisme qu’elle accepte son malheureux coup du sort. Après un quart d’heure de discussion, elle me remercie et continue son chemin, ne sachant où le destin la conduira. Je reste assis quelques minutes à cogiter, me demandant comment la société accepte de telles injustices.

Ce qui est paradoxal, c’est que je lisais quelques heures plus tôt les théories d’Ayn Rand, la théoricienne de l’objectivisme. La rencontre avec cette dame me permet de me rendre compte de l’absurdité de la pensée de cette intellectuelle américaine. Selon Rand, l’objectif moral de l’existence est la poursuite du bonheur, « l’intérêt personnel rationnel », rendu possible par le laissez-faire capitaliste. Mais comment omettre des relations sociales la sensibilité de l’homme ? Penser que la rationalité poussée à son maximum permet aux individus d’atteindre leur bonheur individuel relève tout simplement de l’aveuglement idéologique. Nier que le lien social se fonde sur la sociabilité, sur l’interaction et l’interdépendance mutuelle des citoyens, c’est réfuter que l’homme est un « animal social », comme le disait si justement Aristote. Expliquer la déviance par un manque de rationalité me semble réducteur, surtout lorsque l’on se place dans une logique de laissez-faire absolu.

L’absence d’Etat rime avec absence d’équité. Au nom de la justice sociale, Durkheim dit à ce sujet que si l’Etat «ne sait plus garantir l’égalité, il peut garantir l’équité». Ce sont d’ailleurs la sûreté et la justice qui permettent de garantir le bon fonctionnement de nos sociétés démocratiques. Je ne remets pas en question le libéralisme économique et politique, puisque c’est un système que je juge efficace lorsqu’il est bien régulé. Au contraire, je me positionne contre les penseurs qui voient en l’Etat un élément contraignant, empêchant les individus de s’exprimer librement. C’est justement cet Etat rationnel, informé et soucieux de faire primer l’intérêt général sur l’intérêt particulier qui permet à tous les individus d’une société d’atteindre, ne serait-ce qu’en partie, le bonheur qu’ils souhaitent. Force est de constater que l’Etat français actuel peine à remplir cet objectif. Pour preuve, le manque d’engagement en ce qui concerne la construction de logements sociaux, à un moment où les inégalités s’accroissent, me permet de conclure que le chemin à parcourir est encore long. Le laissez-faire économique, ce fléau qui profite aux plus informés d’entre nous, déchire le peu de lien social qui persiste dans notre société et marginalise les laissés-pour-compte du système. Il est grand temps de responsabiliser la classe politique afin de réguler le système économique et financier, dans l’optique de redistribuer les richesses de manière équitable.

Les théoriciens du trickle-down economics, qui croient que ce sont les plus fortunés qui permettent à la société dans son ensemble de s’enrichir, sont avisés de revoir leur copie. S’il est vrai que la mondialisation et la libéralisation des échanges a permis à des millions d’hommes et de femmes de sortir de la pauvreté, je persiste à penser que l’Etat providence est le meilleur outil d’enrichissement collectif. Comme les keynésiens, je pense qu’une relance économique passe par l’allègement fiscal de toutes les couches de la population, et non pas seulement des 10% les plus riches. C’est au nom de telles théories que les fondements du développement sont édifiés : donnons aux investisseurs les moyens d’investir, et la population entière verra son niveau de vie s’améliorer. Or, il est évident que les firmes transnationales ne sont pas un facteur de développement efficace, puisque les avantages dont elles bénéficient se font au détriment des populations locales. Il en est de même pour le laissez-faire auto-régulé, qui ne mène qu’à l’accroissement des inégalités : la crise économique actuelle en est la preuve irréfutable.

Rand rejette ce que Auguste Comte appelle « l’éthique altruiste », l’obligation morale d’exister pour les autres. Selon Rand, cette obligation morale d’aider autrui justifie la coercition afin de bénéficier à certains au détriment des autres. Je récuse fortement cette vision des choses. Je pense que l’altruisme est ce qui permet aux hommes de surpasser le matérialisme qui individualise l’homme à l’excès. De nos jours, plus personne ne se parle, plus un regard de compassion n’est offert aux plus démunis; les images des Enfants de Don Quichotte sur le canal Saint-Martin nous laissent indifférents, puisqu’en tant que « passagers clandestins » nous supposons que quelqu’un d’autre fera ce que l’on ne souhaite pas faire. Il est temps de remédier au déficit de solidarité qui caractérise nos sociétés dites «avancées» ou « modernes », qui se fondent davantage sur l’hypocrisie et l’inégalité des chances que sur la fraternité, véritable force motrice du progrès.

Je ne compte pas écrire un pamphlet révolutionnaire faisant appel aux armes, j’espère seulement pousser le lecteur à la réflexion, au questionnement profond de l’importance que nous devrions accorder au bonheur matériel. Croire à la rationalité absolue des hommes et l’ériger en loi universelle me dérange profondément, puisque les élites en semblent globalement dépourvues, si ce n’est pour maximiser leurs intérêts, peu importe le coût subi par la collectivité.

La discussion que j’ai eue avec cette dame m’a fait comprendre que le sens de la vie ne se résume pas à la consommation personnelle mais à l’entraide et la solidarité. J’espère que cette dame a trouvé un endroit propre et sec pour passer la nuit, et que la roue tournera enfin en sa faveur.

Timothée Trimm

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FRA: Le progrès au XXIème siècle ou «qu’est-ce qui a cloché?»

Pr. Axel KAHN, généticien célèbre et président de nombreux comités d’éthique, Président de l’Université Paris 5 Descartes a spontanément accepté de venir ouvrir le cercle de conférences données dans le cadre du club des chercheurs au Collège Franco-britannique, le 3 décembre 2008.

La notion de « progrès » aujourd’hui ne peut pas ne pas intéresser les chercheurs et plus largement les étudiants. En effet, chacun se doit d’« enrichir les savoirs », chaque chercheur est persuadé de participer au progrès de la société. Cette notion de progrès est donc centrale à toute activité intellectuelle, mais cette notion est-elle aujourd’hui en crise ?

Vue comme un « pas collectif du genre humain » par Victor Hugo ou comme une « progression continue vers un terme idéal » par Jean-Paul Sartre, la notion de progrès traverse cependant une période de crise. Ainsi, en Occident, la confiance dans le progrès a subi une évolution fantastique en un siècle : de confiance aveugle au début du XXème siècle nous sommes passés à une méfiance absolue. D’une perception des chercheurs comme « hussards noirs du progrès », nous observons de plus en plus que les effectifs des filières de recherche en sciences exactes plongent tandis que ceux des écoles de commerce, de business augmentent sans cesse.

Cette « marche de l’humanité d’un pas ferme et sur la route de la vérité du bonheur et de la vertu » selon Condorcet a permis l’exploration de la Lune, la construction d’une communauté mondiale par le réseau Internet, le séquençage du génome humain mais il s’est également accompagné d’une hausse de l’individualisme et des dépressions, des millions de morts atroces que ce soit à Auschwitz ou à Hiroshima, ou la destruction de l’environnement à l’échelle planétaire, alors –se demande Dr. Kahn- « qu’est-ce qui a cloché dans cette idée fabuleuse du progrès..? » Le progrès de la connaissance, de la technique, de la prospérité des nations, le progrès du bonheur des peuples semble aujourd’hui devoir être pris avec beaucoup plus de distance, voir de naïveté.

Axel Kahn, érudit et scientifique, a rappelé à un auditoire passionné l’origine de cette notion et son évolution jusqu’à nos jours, que Cité Babel se propose de vous rapporter ici.

Tout d’abord la science en tant que « fonction dont le but est la connaissance des lois régissant les phénomènes naturels » n’est pas si vieille que ça, 5/6000 ans au plus, les Grecs ayant les premiers réfléchi sur la science, mais pas sur le progrès. Or les Grecs n’ont nullement le sentiment que la société est perfectible, en revanche, inventent la réflexion sur les relations entre la science et la morale.

La réelle notion de progrès nait avec la renaissance, notamment avec Francis Bacon pour qui « le savoir est pouvoir » et René Descartes affirmant que la « science est faite pour l’homme comme maitre et possesseur de la nature ». Blaise Pascal voit l’Humanité comme un seul homme, chaque individu comme une cellule constitutive de celui-ci « toute la suite des hommes depuis tant de siècles est comme un seul homme qui apprend continuellement », depuis lors, l’Homme possède alors un pouvoir sans fin.. du moins en est-il persuadé.

Le 18ème siècle retrouve l’optimisme des anciens Grecs et l’amélioration matérielle des conditions de vie de l’homme est l’aboutissement de cette idée même du progrès. Cette vision positiviste du progrès va se poursuivre jusqu’au 20ème, où l’ambivalence de la science va aboutir sur une vision beaucoup plus contrastée du progrès. Dr. Kahn prend pour exemple Fritz Haber, Prix Nobel de Chimie en 1918 qui est à l’origine de la création des engrais chimiques qui purent sauver des millions de personnes. Ses découvertes permirent aussi de créer l’ypérite, le gaz des tranchées et le Zyklon B, le gaz des camps : le même homme, la même science ont pu avoir deux utilisations. Dès lors l’idée même du progrès allait être assimilée à un double tranchant redoutable. De même, reprend Dr. Kahn, les 19 du 11 septembre avaient fait des études poussées..

Y avait-il de la naïveté dans la notion du progrès ? Importe-t-il avant tout de réfléchir aux moyens utilisés ? En effet, la notion de « fin » semble avoir disparu chez les jeunes chercheurs actuels.

Prenant pour exemple une promo de l’Agro dont il était parrain, Axel Kahn rapporte l’anecdote suivante : demandant à de jeunes diplômés ce qu’ils veulent faire de leur carrière, il croyait s’entendre répondre « nourrir le monde, non ? ». Mais un petit froid d’installe. « Ils n’osaient pas répondre « avoir du pèze », agir sur le monde, aider l’Humanité n’existait pas pour ces jeunes diplômés, le but de leur engagement est prendre des parts de marché. Telle est la perte d’idéaux induite par l’absurde capitalisme financier moderne. » Ainsi, on se fixe des moyens sans jamais observer les fins de notre activité scientifique.

Pr. Kahn de conclure que l’amélioration des moyens doit accompagner un but ultime de la recherche, seulement ainsi nous réhabiliterons l’optimisme du progrès et de l’idéal universitaire.

GLG


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FRA: Walkyrie, ou pourquoi, à partir de quand et comment résister?

 


Walkyrie est un film qui a ses défauts et qualités cinématographiques dont je ne traiterai pas ici. Son objet par contre me semble digne d’un réel intérêt : l’exemple d’un acte de résistance.


Gravement blessé au combat, le colonel Claus von Stauffenberg revient d’Afrique et rejoint la Résistance allemande pour aider à mettre au point l’Opération Walkyrie. Un plan complexe qui devait permettre d’abattre Hitler et de mettre en place un gouvernement d’opposition afin de renverser l’Allemagne hitlérienne et le nazisme. Il y eut de nombreuses tentatives d’assassinat d’Hitler, mais celle-ci fut une des plus proches de réussir.


Quelque 77000 allemands furent exécutés pour participation à des actes de résistance, et près de 3 millions furent envoyés en camps de concentration pour des raisons politiques.


Ces actes de résistance, les actes de résistance en général, m’inspirent au moins trois questions :

Quelles convictions ont poussé ces milliers d’hommes et de femmes à agir ? Autrement dit, pourquoi agir ?

A quel moment ce sont-ils dit «cette fois c’est inacceptable, comment puis-je faire quelque chose » ? Autrement dit, à partir de quand agir ?

Une fois la nécessité d’une action de résistance établie, vers quelles directions ont-ils dirigé leurs efforts ? Autrement dit, comment agir ?

La première question me renvoie à la notion de « responsabilité individuelle ». Mais responsabilité envers quoi?


Au début du film, le comte von Stauffenberg nous lit des extraits de son journal. Il évoque la honte qu’éprouveront ses enfants et l’honneur souillé de l’Allemagne s’il ne fait rien pour empêcher les atrocités qu’il voit commises. Il souligne aussi qu’à ce stade il voudrait juste sauver des vies humaines.

 


Claus von Stauffenberg

 


Alors quoi ? Responsabilité individuelle vis-à-vis de la direction que prend l’Humanité ?  Je le pense. Certains me diront qu’on ne peut pas grand-chose à soi tout seul, être insignifiant au milieu d’une multitude.


Je répondrais deux choses :

D’abord que je considère le pessimisme comme une forme de lâcheté. Ensuite, je suis d’accord : seuls, nous risquons d’être insignifiants! C’est pourquoi, généralement les résistants se regroupent!…


La vraie difficulté est pour moi la définition du caractère « mauvais » de la «direction » que prend l’« Humanité ». Je vois au moins deux problèmes potentiels:

l’appréciation de ce que signifie une « mauvaise direction » peut différer selon les cultures, les sensibilités politiques, etc. Si le nazisme a été condamné unanimement a posteriori, cela n’a pas été le cas sur le moment. Il y a donc un moment où chacun doit assumer SA propre perception des valeurs, en opposition au consensus social apparent, et la considérer comme une justification suffisante pour agir.


comment juger à partir de quel moment « l’Humanité » est tellement engagée dans cette « mauvaise direction » qu’il devient nécessaire d’agir ?

Et cela nous amène à la deuxième question soulevée : à partir de quand agir ? Pour moi, c’est une vraie question. Y répondre dépend de à quel point la direction est « mauvaise  ». Les officiers ayant participé à la tentative d’attentat du 20 juillet 1944 étaient au fait des atrocités commises sous la bannière hitlérienne et la force de leur conviction est compréhensible.

Mais imaginons un paysan allemand qui a échappé à l’engagement dans l’armée pour une raison ou une autre et qui vit loin de tout, à qui les autorités envoient constamment le message « Tout va bien, nous sommes sur le bon chemin ». Comment aurait-il pu prendre la mesure de la situation ?

 

Peut être que la « responsabilité individuelle » inclut aussi de se tenir informé, avoir sans cesse l’esprit critique ?

 

Je finirai en évoquant une nouvelle qui, selon moi, pose bien cette question : Matin brun de Franck Pavloff (ça fait 3 pages et ça se trouve directement sur Internet, n’hésitez pas à aller la lire).

 



C’est l’histoire de deux amis vivant leurs vies tranquilles entre la belote, le tiercé et leurs bières. Ils sont un jour confrontés à une escalade progressive des diminutions de libertés de la part des autorités, à commençant par l’interdiction de posséder des chats ou chiens non bruns. Du fait du coté progressif, les deux amis supportent, jusqu’à ce qu’un jour un des deux soit emmené par la « milice brune » pour cause d’avoir possédé un jour un chien non brun. L’autre se dit alors qu’ils auraient peut être du réagir au moment de la première interdiction…


Espérons que nous n’aurons jamais à nous dire « J’aurais du réagir bien plus tôt !».


Quant à la troisième question : comment agir ? C’est encore plus une vraie question pour moi. L’histoire et l’actualité sont  pleines d’exemples d’actes de résistances. Difficile d’en tirer d’autre conclusion que « ça dépend des situations ».  Ces actes de « résistance » pourraient être gradués les selon la conviction croissante qu’on a de sa nécessité. A ce stade, je laisse le champ libre à vos imaginations et vos expériences. Ce dont je reste convaincue, c’est qu’on est plus forts à plusieurs.

Et pour finir, il faudrait ajouter une 4ème question – que s’étaient posée, pour leur mérite, les participants à l’attentat du 20 juillet – qui est tout aussi fondamentale et requiert tout autant imagination et discussions : Quelles alternatives au système contre lequel nous résistons pouvons-nous proposer ?

 

 

GM

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