S.O.S à la MAM

Les conditions de vie dans la plus grande résidence de la Cité (692 résidents) font depuis toujours l’objet de discussions animées : comment décrire le sordide, comment faire partager la détresse des résidents, comment alerter les services compétents quand le silence officiel est minutieusement organisé? L’équipe de CB s’est rendue dans la Maison des Arts et Métiers pour essayer de rendre compte de « l’état des lieux ».

Si la photo ne rend pas les odeurs, il faudra tout simplement les imaginer, ou aller visiter la Maison des Arts et Métiers par vous-même. Nous sommes dans une cuisine de la MAM, une salle glauque et sans fenêtre ni système d’aération, que seule la lumière blafarde des néons éclaire. Cette résidence chevauchant le périphérique n’ouvre pas ses fenêtres à cause des nuisances sonores, et l’atmosphère est nauséabonde. La salle, sans hotte aspirante, sent la graisse et la friture déposées sur les murs et le plafond.

Fixo, un résident, spécialisé en Qualité, Sécurité et Environnement, donc un ingénieur affilié à l’auguste institution des Arts et Métiers, nous rappelle les risques sanitaires dus aux conditions d’hygiène pitoyables ; depuis qu’un résident est mort d’électrocution à cause d’un frigo dans sa chambre, les frigos cadenassés s’empilent le long des murs de ces véritables cloaques. Des fils dénudés sortent d’ailleurs encore des murs à tous les étages, et les prises électriques de la MAM ne sont pas, selon l’élève ingénieur, « reliées à la masse ».


Ces cuisines se remplissent d’appareils (frigos, plaques chauffantes), appartenant aux résidents, qui doivent donc s’équiper personnellement en emménageant ! Bad deal…
Puisque les appareils sont tous personnels, au mépris de leur efficience ou de leur sécurité, les résidents se déresponsabilisent de l’espace public et ne se sentent même plus concernés par  la crasse généralisée.

Une véritable loi de la jungle se développe autour de « l’espace alimentaire » de chacun,  les vols sont chose courante et la suspicion se généralise : le voisin, le camarade, l’ami deviennent des concurrents potentiels. Cette privatisation des espaces publics semble aller totalement à l’encontre de l’esprit des fondateurs de la Cité qui voulaient construire des « logements hygiéniques ».
Ici, chacun son frigo, chacun sa plaque, chacun sa … .
Drôle de logique !

Le cœur du problème semble résider dans la différence entre les résidents des deux bâtiments. A l’extérieur du périphérique logent principalement des Gadzarts, contraction de Gars des Arts, des élèves de l’ENS des Arts et Métiers qui, en jargon, ont été « usinés » au début de leur cursus. Issus des mêmes bancs d’Aix-en-Provence, Angers, Bordeaux, Châlons-en-Champagne, Cluny, Lille, Metz ou de Paris, ils se connaissent de longue date et développent une aptitude à s’auto-gérer, à s’organiser entre eux. Le bâtiment externe est par conséquent mieux entretenu et aménagé et il centralise tous les services courants aux résidents (laverie, gardien, journaux, administration, piano, salles communes, etc), ce qui n’est pas négligeable.
Dans le bâtiment intra muros, à l’inverse, les résidents sont souvent étrangers, en court séjour ou en formation complémentaire. L’auto-gestion à la Gadzarts ne peut pas fonctionner entre résidents qui ne se connaissent pas, qui se croisent brièvement. Cependant, la gestion a minima de la résidence ne tient pas compte de ce fait sociologique et laisse ces nombreux résidents cuisiner et manger dans des pièces immondes.

Cette situation alarmante provient également du sous-investissement systématique dans les infrastructures. A la MAM, il est désormais célèbre que des cuisines équipées, ça n’existe pas. L’administration s’accorde visiblement un niveau de salubrité tellement bas que les résidents, aux moyens souvent limités, apprennent à vivre dans de telles conditions, à se battre pour leur repas quotidien et à s’adapter du mieux qu’ils peuvent. Pour un spécialiste en Qualité, Sécurité et Environnement, cette situation est incompréhensible et ne peut qu’être le résultat flagrant d’incuries persistantes de la direction  « qui nie le droit de chacun à vivre dans un environnement de qualité. »
Pour qui la direction prend-elle les résidents ? Nous trouvons-nous dans une zone de non-droit ? Comment en est-on arrivé là ? Les autorités de contrôle de la Cité, de l’Ecole ou de l’Etat ont-elles visité ces lieux?
Dans cet espace unique et universel qu’est la Cité, le visiteur, à la MAM, se demande simplement s’il est encore en France…

De surcroît, suite à notre enquête, nous découvrons que les méthodes de l’administration de la MAM semblent souvent mépriser quelques principes juridiques de base. Ainsi, les états des lieux sont faits « seul » et des sommes conséquentes sont retranchées de la caution sans aucune justification (« jamais à 100% »), et, à moins d’avoir de solides compétences en génie civil, on se retrouve devant un flou administratif tout-puissant qui tend dangereusement vers l’abus de pouvoir… Il est en outre exigé des résidents de fournir des chèques de loyers mensuels, à l’avance et pour toute la durée prévue du séjour, ce qui est, après vérification, totalement illégal.

Par souci de concision, nous avons choisi d’évoquer seulement les cuisines. Les toilettes, les fenêtres, le chauffage, le bruit, les ascenseurs intemporels, l’internet erratique, l’accueil « stressant » et le traitement humiliant des résidents par les détenteurs de l’autorité, sont autant de sujets d’inquiétude des résidents de la MAM.
Sachez cependant, que s’ils appellent à l’aide, ils ont de multiples et légitimes raisons de le faire. ●

GLG
Photos : Lisa GYÖNGY
Résidente à la Fondation Suisse


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5 Commentaires

Classé dans Français

5 réponses à “S.O.S à la MAM

  1. Cité Babel

    Chers Résidents de la MAM,

    Nous avons bien distribué plus de 600 journaux dans vos boîtes aux lettres, samedi 23 janvier au soir.

    On nous a rapporté qu’il n’y avait AUCUN journal dans ces mêmes boîtes aux lettres dès le lendemain.

    Vous étiez les premiers concernés et, bien sûr, ce journal vous appartient. Vous DEVIEZ pouvoir le lire dans sa version papier.

    Ce journal coûte cher et est dédié aux résidents, donc à vous-mêmes. Il cherche à défendre vos droits et à exposer certaines situations comme la vôtre.

    Or, des centaines d’exemplaires papier ont tout simplement DISPARU dans votre Maison.

    Tirez vos propres conclusions.

    L’équipe CB

  2. yihong

    Bonjour,

    Je suis résidant de la maison des Arts et Métiers. Et, je trouve que votre article est très intéressante! Je voudrais savoir si vous avez encore la copie de ce journal ou en version électronique. Je crois que l’on peut faire quelques choses pour améliorer la condition à cette maison.

  3. Z. Xingyuan

    Bonjour,

    Je suis ancien résidant dans cette maison. Je crois que ce n’est pas du tout faicile pour les résidants étrangers de s’organiser à lutter pour leur droit. L’intervention des organisations externes est la seule possibilité de terminer cette situation inacceptable qui a duré déjà trop long temps.

    • Cité Babel

      @Z. Xingyuan

      Bonjour,

      Tout à fait.

      L’autocratisme dans la gestion de la MAM est remarquable. Ce blog, et CB en général sont aussi là pour alerter, documenter et permettre ce dialogue.

      A ta disposition, à bientôt,

      CB

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