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FRA: Walkyrie, ou pourquoi, à partir de quand et comment résister?

 


Walkyrie est un film qui a ses défauts et qualités cinématographiques dont je ne traiterai pas ici. Son objet par contre me semble digne d’un réel intérêt : l’exemple d’un acte de résistance.


Gravement blessé au combat, le colonel Claus von Stauffenberg revient d’Afrique et rejoint la Résistance allemande pour aider à mettre au point l’Opération Walkyrie. Un plan complexe qui devait permettre d’abattre Hitler et de mettre en place un gouvernement d’opposition afin de renverser l’Allemagne hitlérienne et le nazisme. Il y eut de nombreuses tentatives d’assassinat d’Hitler, mais celle-ci fut une des plus proches de réussir.


Quelque 77000 allemands furent exécutés pour participation à des actes de résistance, et près de 3 millions furent envoyés en camps de concentration pour des raisons politiques.


Ces actes de résistance, les actes de résistance en général, m’inspirent au moins trois questions :

Quelles convictions ont poussé ces milliers d’hommes et de femmes à agir ? Autrement dit, pourquoi agir ?

A quel moment ce sont-ils dit «cette fois c’est inacceptable, comment puis-je faire quelque chose » ? Autrement dit, à partir de quand agir ?

Une fois la nécessité d’une action de résistance établie, vers quelles directions ont-ils dirigé leurs efforts ? Autrement dit, comment agir ?

La première question me renvoie à la notion de « responsabilité individuelle ». Mais responsabilité envers quoi?


Au début du film, le comte von Stauffenberg nous lit des extraits de son journal. Il évoque la honte qu’éprouveront ses enfants et l’honneur souillé de l’Allemagne s’il ne fait rien pour empêcher les atrocités qu’il voit commises. Il souligne aussi qu’à ce stade il voudrait juste sauver des vies humaines.

 


Claus von Stauffenberg

 


Alors quoi ? Responsabilité individuelle vis-à-vis de la direction que prend l’Humanité ?  Je le pense. Certains me diront qu’on ne peut pas grand-chose à soi tout seul, être insignifiant au milieu d’une multitude.


Je répondrais deux choses :

D’abord que je considère le pessimisme comme une forme de lâcheté. Ensuite, je suis d’accord : seuls, nous risquons d’être insignifiants! C’est pourquoi, généralement les résistants se regroupent!…


La vraie difficulté est pour moi la définition du caractère « mauvais » de la «direction » que prend l’« Humanité ». Je vois au moins deux problèmes potentiels:

l’appréciation de ce que signifie une « mauvaise direction » peut différer selon les cultures, les sensibilités politiques, etc. Si le nazisme a été condamné unanimement a posteriori, cela n’a pas été le cas sur le moment. Il y a donc un moment où chacun doit assumer SA propre perception des valeurs, en opposition au consensus social apparent, et la considérer comme une justification suffisante pour agir.


comment juger à partir de quel moment « l’Humanité » est tellement engagée dans cette « mauvaise direction » qu’il devient nécessaire d’agir ?

Et cela nous amène à la deuxième question soulevée : à partir de quand agir ? Pour moi, c’est une vraie question. Y répondre dépend de à quel point la direction est « mauvaise  ». Les officiers ayant participé à la tentative d’attentat du 20 juillet 1944 étaient au fait des atrocités commises sous la bannière hitlérienne et la force de leur conviction est compréhensible.

Mais imaginons un paysan allemand qui a échappé à l’engagement dans l’armée pour une raison ou une autre et qui vit loin de tout, à qui les autorités envoient constamment le message « Tout va bien, nous sommes sur le bon chemin ». Comment aurait-il pu prendre la mesure de la situation ?

 

Peut être que la « responsabilité individuelle » inclut aussi de se tenir informé, avoir sans cesse l’esprit critique ?

 

Je finirai en évoquant une nouvelle qui, selon moi, pose bien cette question : Matin brun de Franck Pavloff (ça fait 3 pages et ça se trouve directement sur Internet, n’hésitez pas à aller la lire).

 



C’est l’histoire de deux amis vivant leurs vies tranquilles entre la belote, le tiercé et leurs bières. Ils sont un jour confrontés à une escalade progressive des diminutions de libertés de la part des autorités, à commençant par l’interdiction de posséder des chats ou chiens non bruns. Du fait du coté progressif, les deux amis supportent, jusqu’à ce qu’un jour un des deux soit emmené par la « milice brune » pour cause d’avoir possédé un jour un chien non brun. L’autre se dit alors qu’ils auraient peut être du réagir au moment de la première interdiction…


Espérons que nous n’aurons jamais à nous dire « J’aurais du réagir bien plus tôt !».


Quant à la troisième question : comment agir ? C’est encore plus une vraie question pour moi. L’histoire et l’actualité sont  pleines d’exemples d’actes de résistances. Difficile d’en tirer d’autre conclusion que « ça dépend des situations ».  Ces actes de « résistance » pourraient être gradués les selon la conviction croissante qu’on a de sa nécessité. A ce stade, je laisse le champ libre à vos imaginations et vos expériences. Ce dont je reste convaincue, c’est qu’on est plus forts à plusieurs.

Et pour finir, il faudrait ajouter une 4ème question – que s’étaient posée, pour leur mérite, les participants à l’attentat du 20 juillet – qui est tout aussi fondamentale et requiert tout autant imagination et discussions : Quelles alternatives au système contre lequel nous résistons pouvons-nous proposer ?

 

 

GM

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