Colombie : Vert ou Jaune?

Colombia: verde o amarillo? >> Traducción a continuación de la versión en francés.

Gustavo Petro, Noemí Sanín, Antanas Mockus et Juan Manuel Santos

La vie politique colombienne semble sortir de sa léthargie. Le premier tour des élections présidentielles se tiendra le 30 mai prochain et l’on assiste à un phénomène politique d’une ampleur surprenante. Alors qu’on annonçait un duel  « de droite », pour une succession dans la droite ligne d’Alvaro Uribe entre l’uribiste Noemi Sanin et, du Parti conservateur, et Juan manuel Santos (de l’hyper-uribiste parti de la U), un ancien maire de Bogotá, membre du Partido Verde (PV), Aurelijus Rutenis Antanas Mockus Šivickas, plus simplement Mockus, vient redonner de l’espoir aux progressistes et intellectuels du pays. De souche lituanienne, fils de sculpteure, philosophe et mathématicien, Antanas Mockus est un véritable extra-terrestre dans la vie politique colombienne, traditionnellement conservatrice. Célèbre pour avoir montré son « cul » à des étudiants en arts chahuteurs pour pouvoir, radicalement, donner sa conférence, il connait actuellement une progression spectaculaire dans les sondages à 20% selon Semana. Santos est encore loin avec ses 30 %, mais certains espèrent en Colombie aujourd’hui que le bouche-à-oreille citoyen permettra à Mockus de l’emporter.

Mais pour ceux qui croyaient à ce changement possible, et qui souhaitaient mettre fin à la la politique de « sécurité démocratique »  menée par le populiste-et-populaire Uribe depuis 2002, qui divise le pays, stigmatise certains groupes tout en jouant sur les peurs des Colombiens, l’alternative historique semblait être le Polo Democrático (PD) de Gustavo Petro. Le Pôle Démocratique, de couleur jaune, des « LibDems » à la colombienne, concentraient jusqu’à il y a peu tous les espoirs des progressistes.

Mais le charismatique Mockus, répétant que « la vie est sacrée », que « les ressources publiques sont sacrées », plaidant pour un environnement sain et durable, semble provoquer un bouillonnement intellectuel, une mobilisation populaire et une véritable réveil démocratique national. Dans cette élection à la française (scrutin majoritaire à deux tours), pour la gauche colombienne le dilemme est le suivant : pour gagner, doit-on rester fidèle au PD, par habitude, ou faut-il s’ouvrir au PV de Mockus?

Le premier président vert du monde serait-il colombien? Certains découvrent l’écologie, mais commencent à y penser sérieusement.

Ci-après un message d’ami : Vert ou Jaune ?

__________

Je tenais à te soumettre une réflexion que j’ai eue par rapport à la campagne présidentielle en Colombie.

Comme tu le sais, je connais relativement mal le paysage et l’histoire politiques de ton pays, et, hors du jeu politique colombien, je ne voterai pas, mais je crois percevoir une lame de fond qui pourrait faire avancer les choses dans ce pays, dont je suis peut-être justement assez éloignée pour oser te soumettre cet avis. Bon, en propos liminaire, je complèterai par mon positionnement : je suis « écologiste radicale libertaire », ce qui conditionne certainement ce qui va suivre.

A quelques semaines du vote, nous ne sommes plus, et pas encore, dans la phase d’analyse politique, mais bien dans la phase de la conquête du pouvoir par un nouveau leader. Celle-ci, au sens de Machiavel, ne doit pas s’embarrasser d’hésitations ou de débat internes interminables, surtout quand on sait que le candidat d’en face (Santos) dispose d’une armée de militants et d’une stratégie d’influence très bien ancrée dans les cercles de pouvoir.

Il me semble qu’aujourd’hui la Colombie progressiste reste cependant divisée en deux camps, qui, ensemble seraient majoritaires, mais qui, opposés, laisseraient un boulevard au candidat « uribiste ». Le jeu d’échec de l’élection présidentielle, surtout avec le scrutin majoritaire à deux tours, pourrait bien en fait consacrer un candidat minoritaire à la fonction suprême.

Faut-il, pour vous « progressistes », soutenir le PD, qui a depuis des années représenté le seul espoir de changement ou le PV, phénomène politique dont la germination récente surprend l’observateur, et qui est certainement dû à la figure d’Antanas Mockus, intellectuel et « vert » au sens européen du terme?

Il me semble que la polarisation de l’espace politique colombien s’est accrue au cours des années Uribe et que, de ton point de vue, le PD pourrait représenter LE vote 100 % changement, anti-mafias, clientélisme : le renouveau que ceux qui ont tout de suite vu clair à travers la politique de sécurité démocratique, ont toujours espéré.

Cependant, en terme d’union nationale et de perception internationale, faut-il, pour la Colombie, ce coup de barre à gauche ? Je m’explique. La popularité de l’actuel président reste indéniable, l’arrivée d’un parti « jaune » ou « orange » au pouvoir ne permettrait-elle pas à terme une « Restauration » par la Colombie conservatrice, en un mot, n’accroîtrait-elle pas la polarisation d’un pays qui cherche son union ?

D’un point de vue stratégique, n’y a-t-il pas un risque pour les Colombiens que l’élection du candidat PD, fasse croire à une filiation bolivarienne du pays avec les mouvements de gauche que l’on constate à ses frontières (ne parlons pas de Chavez….), c’est-à-dire une décrédibilisation du mouvement politique pro-changement, qui semble pourtant authentique? Je ne sais pas, en outre, si les prises de positions du PD sur les questions « sociales » (femmes, contraception, avortement, gays …) n’ont pas quelque peu troublé son « positionnement » politique.

Je comprendrais tout à fait si l’on me répondait: « tu n’y connais rien; Uribe et ses sbires ont vicié la vie politique colombienne ; seul le Polo peut permettre un retour aux valeurs de solidarité, d’éthique.. » :

1 Est-ce vrai?
2 N’y a-t-il pas mieux à faire?

Tu me vois venir avec le « mieux »… Dans cette lutte à mort entre les candidats, ne faut-il pas voir plus loin? Ne faut-il pas soutenir l’émergence d’une force écologique et morale (je ne crois pas que Mockus ait tapé dans la caisse de la mairie de Bogota…?) qui serait en fait visionnaire. Aucun chef d’état dans le monde (à ma connaissance) n’est « vert ». Quels seraient les titres des journaux du monde le 1er juin 2010 au matin (en cas de tour unique) si la Colombie était le premier pays à franchir le pas ? Je crois comprendre que Mockus, pour devenir populaire, a dû s’adresser au peuple, employant parfois une rhétorique simple qui éveille la méfiance de ta pensée élitiste. MAIS, comme évoqué en introduction, aujourd’hui, il s’agit de gagner, pas de démontrer que le philosophe sait philosopher.

Voilà, donc rapidement, as-tu pensé à ce qui pourrait engendrer le vrai changement pour la Colombie? T’es-tu suffisamment distancée pour regarder le long terme, sans inconsciemment prendre une « vengeance » contre le clan de Medellin, qui a confisqué le pouvoir depuis 2004? Je pense qu’il est malaisé pour un citoyen colombien « progressiste » de réellement faire son choix : jaune ou vert?

C’est pour cela que je voulais essayer de parler, en français, du vrai changement, de l’unité nationale et d’un progressisme qui, venant de Colombie, pourrait surprendre le monde. Je sais que ces questions t’interpelleront certainement, et je serais très contente si tes potes pouvaient peut-être t’aider à mener ces réflexions, la politique ne se faisant jamais seule.

En tous cas à bientôt et bon courage,

Ulrike

__________

__________

Quiero proponerte esta reflexión con respecto a la campaña presidencial en Colombia.* Como lo sabes, conozco mal el paisaje y la historia política de tu país, y, fuera del juego político colombiano, no votaré pero creo percibir una ola de fondo que podrá hacer avanzar las cosas en un país del cual estoy tal vez justamente lo suficientemente alejado para osar proponerte esta opinión. Bueno, en las observaciones introductorias, complementaré por mi posicionamiento: soy « ecologista radical libertaria », lo que condiciona seguramente lo que sigue.

A pocas semanas del voto ya no estamos en la fase de análisis político, sino en la fase de la conquista del poder por un nuevo líder. Ésta fase, en el sentido de Maquiavelo, no debe cargarse de dudas o de debates internos interminables, sobre todo cuando sabemos que el candidato que tenemos en frente (Santos) dispone de una armada de militantes y de una estrategia de influencia muy bien anclada en los círculos del poder.

Me parece que hoy la Colombia progresista sigue sin embargo dividida en dos campos, que juntos, serían mayoritarios, pero que separados, dejarían el camino libre al candidato “uribista”. El juego de ajedrez de las elecciones presidenciales, sobre todo cuando se juega a votación mayoritaria en dos vueltas, podría de hecho consagrar un candidato minoritario en la función suprema.

¿Hay que apoyar al Polo Democrático (PD), que desde hace algunos años ha representado la única esperanza de cambio, o al Partido Verde (PV), fenómeno político cuya germinación reciente sorprende al observador, y que se debe seguramente a la figura de Antanas Mockus, intelectual y « verde » en el sentido europeo del término?

Me parece que la polarización del espacio político colombiano ha aumentado a lo largo de los años Uribe, y que, desde tu punto de vista, el Polo Democrático podría representar EL voto 100% cambio, anti-mafias, clientelismo: la renovación que esperaron siempre aquellos que vieron claro de inmediato y a través de la política de seguridad democrática.

Sin embargo, en términos de unión nacional y de percepción internacional, es necesario para Colombia este cambio de dirección extremo hacia la izquierda?  Me explico. La popularidad del presidente actual es innegable, así ¿ la llegada de un partido “amarillo” o “naranja” al poder no permitiría a la larga una Restauración de la Colombia conservadora?, en otras palabras, ¿la elección del PD no incrementaría la polarización de un país que busca su unión?

Desde un punto de vista estratégico, no representa un riesgo para los colombianos que la elección del candidato del Polo Democrático cree una filiación bolivariana del país con los movimientos de izquierda que observamos en sus fronteras? (no hablemos de Chavez…) Es decir una desacreditación del movimiento político pro-cambio, que parecería sin embargo auténtica? No sé, además, si las tomas de posición del Polo sobre los asuntos sociales (mujeres, contracepción, aborto, homosexuales… ) no han de algún modo alterado su « posicionamiento » político?

Comprendería si alguien me respondiera: “Tu no sabes nada; que Uribe y sus esbirros viciaron la vida política colombiana y que sólo el Polo puede permitir un retorno a los valores de solidaridad y ética…. »

1.       ¿Es esto cierto?

2.       ¿No hay nada mejor por hacer?

En esta lucha a muerte entre los candidatos, ¿no hay que ver más lejos? ¿No hay que apoyar la emergencia de una fuerza ecológica y moral (no creo que Mockus haya tumbado a la alcaldía de Bogota… ?) que sería de hecho visionaria? Ningún jefe de estado (que yo sepa) en el mundo es verde. ¿Cuáles serían los títulos de los periódicos del mundo en la mañana del primero de junio de 2010 (en caso de que Mockus ganara en la primera vuelta) si Colombia fuera el primer país en dar ese paso? Creo comprender que Mockus, para ganar popularidad, debió dirigirse al pueblo, empleando a veces una retórica simple que despierta la desconfianza de tu pensamiento. PERO, como dije en la introducción, hoy, se trata de ganar, no de demostrar que el filósofo sabe filosofar.

Aquí están entonces rápidamente mis reflexiones, ¿ has pensado en eso que podría engendrar un verdadero cambio para Colombia ? ¿ Te has distanciado lo suficiente para ver a largo plazo, sin tomar inconscientemente una posición de venganza contra el clan de Medellín que ha confiscado el poder desde el 2004 ? Pienso que no es fácil para un ciudadano colombiano “progresista” realmente escoger: ¿verde? o ¿amarillo?

Es por ello que quise hablar, en francés, del cambio verdadero, de la unidad nacional y de un progresismo que, viniendo de Colombia, podría sorprender al mundo. Sé que estas preguntas ciertamente te interpelarán y estaré muy contenta si tu círculo social podría ayudar tal vez a dirigir estas reflexiones, ya que la política no se hace jamás de forma solitaria.

En todo caso, hasta pronto y ánimo,

UM

* E-mail escrito originalmente en la lengua materna de UM,  autora francesa de ésta epístola.  Traducido generosamente al español por Rocío Pérez  y gracias a su iniciativa para contribuír a su difusión.


Publicités

3 Commentaires

Classé dans Espagnol, Français

3 réponses à “Colombie : Vert ou Jaune?

  1. RABIER

    un autre point de vue – ni vert ni jaune – sur le candidat Mockus, par un journaliste colombien :

    http://rabier.wordpress.com/2010/04/29/tribune-mockus-l%E2%80%99option-suicide/

    Le débat est ouvert !

  2. Cité Babel

    http://blog.lefigaro.fr/amerique-latine/2010/04/presidentielle-en-colombie-la-surprise-mockus.html

    Présidentielle en Colombie : la surprise Mockus
    Par Patrick Bèle le 23 avril 2010 2h10 | 10 Commentaires

    La présidentielle colombienne, dont le premier tour se déroulera le 30 mai prochain, tient ses promesses en sortant la vie politique du pays d’une longue léthargie. Non seulement il semble acquis qu’il y aura un second tour, mais un candidat surprise est en train de bousculer le scénario en s’invitant au duel du mois de juin : Antanas Mockus.

    Le duel annoncé Santos-Sanin, que nous évoquions dans un précédent post, n’aura probablement pas lieu. Les enquêtes Semana RCN montrent un tassement des intentions de votes pour Juan manuel Santos (30% en avril), le candidat du parti de la U (uribiste) et un recul pour Noemi Sanin (12%), candidate du parti conservateur qui a toujours soutenu le président sortant Alvaro Uribe. Antanas Mockus, le candidat du Partido Verde, connaît, lui, une progression spectaculaire (20%). Et cela sans avoir investi un peso dans une campagne publicitaire, à la différence de ses concurrents.

    Antana Mockus est un personnage totalement atypique de la vie politique colombienne. Quand il a été élu à la tête de la municipalité de Bogota, il a multiplié les coups d’éclats et les provocations. Pour inciter ses concitoyens à rentrer plutôt chez eux la nuit et ainsi faire baisser le taux de criminalité, il n’a pas hésité à s’accrocher une carotte géante autour du cou, symbole du lapin qui se couche tôt. Et la criminalité a baissé ! Il a surtout redonné à la municipalité de la capitale colombienne un rôle central et transformé la ville de fond en comble.

    Il adore le débat, croit en la politique, développe un discours écologique, revendique la transparence, prône la participation citoyenne; bref, il est l’anti Uribe par excellence. S’il se qualifie pour le second tour contre Juan Manuel Santos, il est en mesure de fédérer les votes anti-Uribe de la droite à la gauche et surtout de symboliser un renouveau face à l’héritier « naturel » d’Alvaro Uribe et de sa politique de Sécurité démocratique, en tant qu’ancien ministre de la Défense.

    Mais les Colombiens souhaitent-ils un changement de politique ? Selon la même enquête, seuls 20% de la population se déclare anti-uribiste et 42 % disent vouloir voter pour un candidat proche du président sortant. Une tendance confirmée par les résultats des législatives de mars dernier.
    Tags:

    * Alvaro Uribe,
    * Antanas Mockus,
    * Bogota,
    * Colombie,
    * Juan-Manuel Santos,
    * Noemi Sanin,
    * presidentielle colombienne

    10 commentaires
    German Castillo | 23 avril 2010 14h07 | Répondre

    La dernière enquête publiée aujourd’hui 23 avril montre qu’il aurait 34% d’intention de vote pour le 1er tour contre 35% pour Santos. Au 2e tour il aurait 50% contre 46% pour Santos, sachant que les autres candidats sont plus inclinés pour un changement de gouvernement que celui de la ligne Uribe, même si ce dernier garde une forte popularité, ce qui n’est pas le cas de ses partisans.
    dobritz | 23 avril 2010 17h28 | Répondre

    Mockus et bouche cousue
    UM | 24 avril 2010 21h22 | Répondre

    Chère Amie,

    Je tenais à te soumettre une réflexion que j’ai eue par rapport à la campagne présidentielle en Colombie.

    Comme tu le sais, je connais relativement mal le paysage et l’histoire politiques de ton pays, et, hors du jeu politique colombien, je ne voterai pas, mais je crois percevoir une lame de fond qui pourrait faire avancer les choses dans ce pays, dont je suis peut-être justement assez éloignée pour oser te soumettre cet avis. Bon, en propos liminaire, je complèterai par mon positionnement : je suis “écologiste radicale libertaire”, ce qui conditionne certainement ce qui va suivre.

    A quelques semaines du vote, nous ne sommes plus, et pas encore, dans la phase d’analyse politique, mais bien dans la phase de la conquête du pouvoir par un nouveau leader. Celle-ci, au sens de Machiavel, ne doit pas s’embarrasser d’hésitations ou de débat internes interminables, surtout quand on sait que le candidat d’en face (Santos) dispose d’une armée de militants et d’une stratégie d’influence très bien ancrée dans les cercles de pouvoir.

    Il me semble qu’aujourd’hui la Colombie progressiste reste cependant divisée en deux camps, qui, ensemble seraient majoritaires, mais qui, opposés, laisseraient un boulevard au candidat “uribiste”. Le jeu d’échec de l’élection présidentielle, surtout avec le scrutin majoritaire à deux tours, pourrait bien en fait consacrer un candidat minoritaire à la fonction suprême.

    La suite : https://citebabel.wordpress.com/2010/04/24/colombie-vert-ou-jaune/
    Chucho | 27 avril 2010 0h51 | Répondre

    Je suis assez circonspect sur un éventuel deuxième tour « Santos-Mockus », la « lame de fond » semble venir avant tout des « capitalinos » et d’une certaine partie de la population, branchée, urbaine, aisée des « estrata 5 o 6 »,comme on dirait là-bas.

    Certes cela ferait une belle affiche mais
    Le « Campo » colombien est bien loin d’abandonner la proie de la sécurité démocratique pour l’ombre d’un exotique consensus « ventre-mou » par rapport au conflit armé.
    Author Profile Page Patrick Bèle | 27 avril 2010 2h20 | Répondre

    Vos commentaires montrent que cette campagne électorale fait souffler un esprit politique nouveau en Colombie. Une chose me paraît importante à noter: la profonde division du pays entre Bogota et la province. Uribe représentait la province et était assez mal accepté par la bourgeoisie de Bogota. Cette fois entre les trois postulants possibles au second tour, Santos, Mockus ou Sanin, ils sont tous de Bogota. Une nouvelle fracture politique en Colombie? C’est une question importante pour l’avenir de la démocratie en COlombie
    Robert | 27 avril 2010 21h53 | Répondre

    Hola,

    Je vis la campagne présidentielle Colombienne depuis un département au sud du pays, le Nariño.

    Il est important de changer de logiciel de pensée quand on connait les campagnes à la francaise. Les résultats des legislatives et sénatoriales n’ont rien a voir avec les présidentielles. La U et les conservateurs ont très largement gagné aux legislatives… ou plutôt, les candidats de la U et de la C ont gagné. La campagne locale ne s’est pas faite a coup de propositions, mais plutôt avec des pesos en achetant les votes. Pour un républicain démocrate francais, c’est horrible de voir ca. C’était tellement voyant que de nombreuses images ont été rendu publique par les medias nationaux… après les élections.

    De plus, on ne vote pas de la même facon aux legislatives et aux présidentielles: le candidat une fois élu pourrait t’aider ou aider quelqu’un de ta famille pour trouver un emploi, pour obtenir une maison subventionnée, pour obtenir l’eau courante ou l’évacuation des eaux usées… En revanche, le président n’est pas le type qui fait ce genre de faveur directement…
    Pour la présidentielle, de nouveau, on ne parle pas beaucoup des propositions et de leurs mises en oeuvre. On parle plutôt de: Oui ou non le candidat va continuer la politique de « Seguridad democratica » de Uribe (dire Non disqualifie actuellement le candidat). Après, tous disent la même chose, que l’education et le système de santé sera la priorité. (on ne sait pas comment les mesures seront mises en oeuvre).

    Au milieu de tout ca, Mockus a beaucoup mobilisé pour les primaires du partido Verde. Le type est.. atypique. Son discours ne ressemble en rien à celui des autres. Il ne veut pas faire des lois, il veut changer les gens. Parfois ses réponses sont déconcertantes mais ses actions à Bogotá ont été incroyables. (cf documentaire Bogotá -Change disponible sur Youtube)
    Le bonhomme a l’air un peu plus honnête que les autres et cela pèse ici. Les politiques sont considérés par la plupart comme des voleurs et complices (soit des narcos, soit des guerillas, soit des paracos). Alors un bonhomme qui dit que chaque vie est sacrée… que un peso de l’Etat doit rendre des comptes… ca fait tilt dans les consciences.

    De plus, l’appui de la jeunesse ! Mockus a su convaincre les jeunes, les étudiants, les artistes, des journalistes célèbres. Il a su (ou son équipe a su) utiliser internet et Facebook. Comparez le nombre de fans de Mockus et ceux de Santos.

    Enfin, la revue Semana disait que les colombiens votent de la même facon qu’ils parient aux combats de coqs… sur le vainqueur… alors maintenant que Mockus est en tête des sondages, il va collecté les voix de ceux qui veulent gagner et donc effet boule de neige.

    La question ici n’est plus sur le nom du vainqueur, mais plutôt de savoir si Mockus gagnera ou non dès le premier tour (et ainsi « faire économiser à l’Etat l’organisation du deuxième tour »)

    Depuis Pasto, Nariño.

    Robert
    choco | 29 avril 2010 18h15 | Répondre

    Sur la cote caraibe , je n ai jamais vu en 15 ans autant de manque de moyens.Les commerces tournent au ralenti et presque tout le monde vit au jour le jour.je frequente plus le monde des classes defavorisees que les classses moyennes mais chez ces derniers la situation economique ne parait pas brillante non plus.la strategie du gouvernement actuel de reduire le traffic et la production de drogue semble avoir fonctionne et cela se ressent bien sur dans la machine economique colombienne.C est la premiere fois que je vois autant de police et surtout tres bien equipee.malgre cela les actes de delinquence se multiplient et cela se comprend face a ce manque de ressource generalise.je me demande aussi qui paie cette super police? Monsieur Bele auriez vous la reponse?Ici sur la cote ,les candidats preferes se resument a Petro, Mockus et Santos.
    Robert | 29 avril 2010 19h09 | Répondre

    Hola Choco,

    Le Plan Colombia a beaucoup aidé pour le financement des forces armées. Il y a quelques mois s’est posé la question de qui allait payé la note une fois que le plan Colombia allait toucher à sa fin.

    J’ai eu l’occasion d’aller dans le Putumayo… Economie assez étonnante, auparavant basée sur la culture du coca. Les gens avait de l’argent et facilement. Puis est venu le plan Colombie et surtout la pyramide financière DMG (de David Murcia Guzman). Cette dernière a très largement participé à l’éradication des cultures ilicites. Beaucoup plus facile de rien faire et gagner 100% de son investissement en 6 mois que de planter de la Coca (et pire, travailler sur des cultures licites mais plus risqués en terme de revenus). Aujourd’hui dans le putumayo, c’est un peu le Gayabo comme on dit ici. Les pyramides ont disparus. Il faut travailler légalement ou retourner aux cultures ilicites tout en sachant que l’Etat a repris ses droits.

    De manière globale, Les départements Choco, Nariño, Putumayo sont bien loin de Bogotá et des préoccupations quotidiennes du gouvernement. Enrailler la delinquance commune passe par le développement économique. Quand tu as faim et que tu n’as pas un rond… tu deviens très facilement délinquant. Si il existe encore des enfants ou des jeunes qui rejoignent la guérilla, ce n’est pas pour leurs beaux yeux ou les pseudo idées politiques… C’est en echange d’un revenu mensuel… (qui ne viendra jamais mais bon, ca ils ne le savent pas au début).

    Eradiquons la Coca de Colombie et il n’existera plus de Guerilla, plus de Paramilitaires, plus de politicens vereux de mèche avec les uns ou les autres et l’image de la Colombie deviendra ce qu’elle mérite, celle d’un pays enchanteur à la population si joyeuse.

    Un abrazo al Choco y a todos,

    Robert
    RABIER | 30 avril 2010 2h28 | Répondre

    Je me permets de signaler le point de vue sur le candidat Mockus d’un journaliste colombien, certes peut-être politiquement incorrect, mais très intéressant :

    http://rabier.wordpress.com/2010/04/29/tribune-mockus-l%E2%80%99option-suicide/

    Qu’en pensez-vous ?
    Author Profile Page Patrick Bèle en réponse au commentaire de RABIER | 30 avril 2010 21h54 | Répondre

    Bonjour Rabier
    Cet article d’Eduardo Mackenzie est, j’allais dire, ordurier. Non il est tout simplement stupide. Le peuple colombien va choisir son président. Le peuple colombien est souverain. Tenter de glisser des mensonges dans cette campagne ne sert à rien. Les Colombiens sont assez intelligent pour choisir sans qu’on leur assène des mensonges.
    Merci de l’intérêt que vous portez à notre blog

  3. Cité Babel

    Colombie : quel enjeux pour les présidentielles ?

    La Colombie est-elle à la veille d’une alternance historique ?

    Selon le dernier sondage (Ipsos Napoleon Franco) publié jeudi 22 avril, le candidat vert Antanas Mockus serait pratiquement à égalité avec le candidat officiel Juan Manuel Santos dans les intentions de vote des Colombiens pour le premier tour des élections présidentielles du 30 mai prochain (35% contre 34%). Selon le même sondage, le second tour serait favorable au candidat du Partido Verde qui obtiendrait 50% des voix contre 44% pour l’ancien ministre d’Alvaro Uribe. Tendance lourde o simple embellie ?

    Pour chercher à mieux comprendre les enjeux du processus électoral actuel et les possibilités de voir la Colombie changer de majorité politique, La Francolatina organise un débat avec la participation de :

    – Olga L. González, docteure en sociologie et présidente du Groupe Actualités Colombie.
    – Jean-Jacques Kourliandsky, diplomé en sciences politiques, docteur en histoire et à l’IRIS.
    – Ricardo Abdallah, journaliste colombien

    Un débat présenté et animé par les journalistes Eduardo Olivares et Carolina Labrador.

    Date : mardi 4 mai 2010
    Horaire : 18h30 à 21h00
    Maison de l’Amérique Latine
    217, boulevard Saint Germain Paris 7ème. M° Solférino

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s