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FRA – 2009: Charles Darwin a 200 ans

L’exploitation de la théorie de Charles Darwin n’a jamais cessé depuis 150 ans, notamment car les sciences économiques ont cherché un modèle puisant sa légitimité dans un « ordre biologique naturel ». Le capitalisme est-il donc une conséquence logique de l’instinct de survie de notre espèce? A-t-on perverti la théorie de On the origin of species afin de justifier une société de classes ?

Darwin

Pour convaincre, Charles Darwin se devait de montrer
que la « lutte » était un facteur fondamental de l’évolution. Cependant, il n’en apporte que des preuves indirectes, et reste assez réservé, général. Alors, la « lutte impitoyable » a-t-elle vraiment joué le rôle qu’on lui assigne dans l’évolution des espèces?
L’influence de Darwin sur les sciences économiques étant monumentale,
il est important de rappeler que la théorie néoclassique
« libérale » n’en a retenu qu’un aspect : celui de la « compétition
impitoyable », ignorant totalement
la dimension de « coopération
», pourtant bien présente – et fondamentale – dans la théorie de l’évolution.
Au début, puisqu’elle remettait en cause la justification religieuse des classes bourgeoises, dominant selon
un « ordre divin » immuable, la théorie de Darwin a transcendé les idéaux révolutionnaires par le « droit à la lutte des prolétaires ». Cependant, très rapidement, les classes dominantes ont tiré de la théorie de Darwin le concept d’une classe, plus apte, plus prévoyante, une classe d’exploitants, ainsi mieux adaptée au monde capitaliste
(un argument impertinent: les « pauvres » ont généralement plus d’enfants que les « riches », et seraient par conséquent plus « compétitifs » dans le grand Jeu de l’évolution…) : la justification de la domination naturelle de cette
dernière était donc sauve.
De même que la classe anciennement
dominante a conservé sa place après Darwin, on inventait durant la deuxième moitié du 19ème siècle un capitalisme débridé
des plus sauvages, oubliant toute considération humaniste dans sa conception des moyens de production, capitalisme précisément
« naturel ». Le capitalisme devenant la « supériorité des plus forts », la théorie de l’évolution -biaisée- en devenait le principe. Le capitalisme était forcément devenu
naturel: il est dès lors aussi triomphant qu’impitoyable. Ainsi, ceux qui couronnaient Darwin d’une main, justifiaient de l’autre une exploitation éhontée de l’homme
par l’homme.
L’histoire de la pensée prouve que tous les arguments en faveur d’une coopération, d’une entraide entre individus (ou animaux), conditionnant
leur adaptabilité, leur capacité à survivre, ont été systématiquement
battus en brèche, décrédibilisés, notamment par Herbert Spencer.
En fait, les phénomènes sociaux seraient cruciaux dans « notre » capacité de survie dans un monde de luttes et de bouleversements écologiques majeurs. Il est facile de comprendre quelles sont les implications
de cette remarque simple, sur le plan économique, et sur le plan politique : elle est « dangereuse
» pour l’ordre social structurant
dans lequel nous vivons et devons accepter comme tel.
Comment la théorie économique actuelle a-t-elle été influencée par le darwinisme, et surtout par quelle
sorte de darwinisme ? Comment postuler un autre ordre de rapports
sociaux sans tomber dans les clichés dans lesquels la pensée
« anarcho-syndicaliste » a été souvent enfermée? Les crises seraient-
elles la résultante d’une vision
purement « compétitiviste » de nos rapports?
De même, comment considérer la notion d’environnement dans une situation de concurrence et de consommation exacerbée, as if there was no tomorrow ?
En 1919, Pierre Kropotkine tentait une synthèse dans « L’entr’aide ». A travers une étude naturaliste des humains, il montre en quoi nous sommes des animaux fondamentalement
sociaux, coopératifs
et solidaires. L’homme nu, qui ne court pas très vite, ne nage pas bien et ne peut pas voler, aurait-il survécu sans l’entre-aide, sans le partage permanent et gratuit des connaissances, des intelligences, des mythes et des biens ?
Si le sourire, la main tendue, l’altruisme,
le partage existent encore,
c’est peut-être parce que sans eux nous ne serions pas là…
Cette année, Darwin aurait 200 ans, son On the Origin of Species a 150 ans. Nos sociétés traversent une crise fondamentale : économique,
environnementale, sociale et certainement philosophique. N’est-il pas temps de se tourner vers Darwin pour essayer de repenser
de nos rapports humains ?
Si seulement Charles pouvait nous aider… Au fait, bon anniversaire!
Paul-Jean Patrick
Pour convaincre, Charles Darwin se devait de montrer que la « lutte » était un facteur fondamental de l’évolution. Cependant, il n’en apporte que des preuves indirectes, et reste assez réservé, général. Alors, la « lutte impitoyable » a-t-elle vraiment joué le rôle qu’on lui assigne dans l’évolution des espèces?
L’influence de Darwin sur les sciences économiques étant monumentale, il est important de rappeler que la théorie néoclassique « libérale » n’en a retenu qu’un aspect : celui de la «compétition impitoyable », ignorant totalement la dimension de « coopération », pourtant bien présente – et fondamentale – dans la théorie de l’évolution.
Au début, puisqu’elle remettait en cause la justification religieuse des classes bourgeoises, dominant selon un « ordre divin » immuable, la théorie de Darwin a transcendé les idéaux révolutionnaires par le « droit à la lutte des prolétaires ». Cependant, très rapidement, les classes dominantes ont tiré de la théorie de Darwin le concept d’une classe, plus apte, plus prévoyante, une classe d’exploitants, ainsi mieux adaptée au monde capitaliste (un argument impertinent: les « pauvres » ont généralement plus d’enfants que les « riches », et seraient par conséquent plus « compétitifs » dans le grand Jeu de l’évolution…) : la justification de la domination naturelle de cette dernière était donc sauve.
De même que la classe anciennement dominante a conservé sa place après Darwin, on inventait durant la deuxième moitié du 19ème siècle un capitalisme débridé des plus sauvages, oubliant toute considération humaniste dans sa conception des moyens de production, capitalisme précisément « naturel ». Le capitalisme devenant la « supériorité des plus forts », la théorie de l’évolution -biaisée- en devenait le principe. Le capitalisme était forcément devenu naturel: il est dès lors aussi triomphant qu’impitoyable. Ainsi, ceux qui couronnaient Darwin d’une main, justifiaient de l’autre une exploitation éhontée de l’homme par l’homme.
L’histoire de la pensée prouve que tous les arguments en faveur d’une coopération, d’une entraide entre individus (ou animaux), conditionnant leur adaptabilité, leur capacité à survivre, ont été systématiquement battus en brèche, décrédibilisés, notamment par Herbert Spencer.
En fait, les phénomènes sociaux seraient cruciaux dans « notre » capacité de survie dans un monde de luttes et de bouleversements écologiques majeurs. Il est facile de comprendre quelles sont les implications de cette remarque simple, sur le plan économique, et sur le plan politique : elle est « dangereuse » pour l’ordre social structurant dans lequel nous vivons et devons accepter comme tel.
Comment la théorie économique actuelle a-t-elle été influencée par le darwinisme, et surtout par quelle sorte de darwinisme ? Comment postuler un autre ordre de rapports sociaux sans tomber dans les clichés dans lesquels la pensée « anarcho-syndicaliste » a été souvent enfermée? Les crises seraient-elles la résultante d’une vision purement « compétitiviste » de nos rapports?
De même, comment considérer la notion d’environnement dans une situation de concurrence et de consommation exacerbée, as if there was no tomorrow ?
En 1919, Pierre Kropotkine tentait une synthèse dans « L’entr’aide ». A travers une étude naturaliste des humains, il montre en quoi nous sommes des animaux fondamentalement sociaux, coopératifs 
et solidaires. L’homme nu, qui ne court pas très vite, ne nage pas bien et ne peut pas voler, aurait-il survécu sans l’entre-aide, sans le partage permanent et gratuit des connaissances, des intelligences, des mythes et des biens ?
Si le sourire, la main tendue, l’altruisme, le partage existent encore, c’est peut-être parce que sans eux nous ne serions pas là…
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Cette année, Darwin aurait 200 ans, son On the Origin of Species a 150 ans. Nos sociétés traversent une crise fondamentale : économique, environnementale, sociale et certainement philosophique. N’est-il pas temps de se tourner vers Darwin pour essayer de repenser de nos rapports humains ?
Si seulement Charles pouvait nous aider… Au fait, bon anniversaire!
Paul-Jean Patrick

 

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FRA – «Vers un changement de paradigme ?»

sdf2

J’étais paisiblement assis sur un banc lorsqu’elle m’approche, d’un air timide,
et me demande si j’aurais la bonté de lui rouler une cigarette. Etant quelqu’un de généreux par nature, j’accepte
volontiers et j’engage la conversation
: j’apprends qu’elle cherche un endroit où dormir et que la vie lui a jeté un mauvais sort. Très croyante, elle me demande si c’est le bon Dieu qui a souhaité
que sa vie se déroule ainsi ; c’est avec fatalisme qu’elle accepte son malheureux
coup du sort. Après un quart d’heure de discussion, elle me remercie
et continue son chemin, ne sachant où le destin la conduira. Je reste assis quelques minutes à cogiter, me demandant
comment la société accepte de telles
injustices.
Ce qui est paradoxal, c’est que je lisais quelques heures plus tôt les théories d’Ayn Rand, la théoricienne de l’objectivisme.
La rencontre avec cette dame me permet de me rendre compte de l’absurdité de la pensée de cette intellectuelle
américaine. Selon Rand, l’objectif moral de l’existence est la poursuite du bonheur, « l’intérêt personnel
rationnel », rendu possible par le laissez-faire capitaliste. Mais comment
omettre des relations sociales la sensibilité de l’homme ? Penser que la rationalité poussée à son maximum permet aux individus d’atteindre leur bonheur individuel relève tout simplement
de l’aveuglement idéologique. Nier que le lien social se fonde sur la sociabilité, sur l’interaction et l’interdépendance
mutuelle des citoyens, c’est réfuter que l’homme est un « animal social », comme le disait si justement Aristote. Expliquer la déviance par un manque de rationalité me semble réducteur,
surtout lorsque l’on se place dans une logique de laissez-faire absolu.
L’absence d’Etat rime avec absence d’équité. Au nom de la justice sociale, Durkheim dit à ce sujet que si l’Etat «ne sait plus garantir l’égalité, il peut garantir l’équité». Ce sont d’ailleurs la sûreté et la justice qui permettent de garantir le bon fonctionnement de nos sociétés démocratiques.
Je ne remets pas en question le libéralisme
économique et politique, puisque c’est un système que je juge efficace lorsqu’il est bien régulé. Au contraire, je me positionne contre les penseurs qui voient en l’Etat un élément contraignant,
empêchant les individus de s’exprimer
librement. C’est justement cet Etat rationnel, informé et soucieux de faire primer l’intérêt général sur l’intérêt
particulier qui permet à tous les individus d’une société d’atteindre, ne serait-ce qu’en partie, le bonheur qu’ils souhaitent. Force est de constater que l’Etat français actuel peine à remplir cet objectif. Pour preuve, le manque d’engagement en ce qui concerne la construction de logements sociaux, à un moment où les inégalités s’accroissent,
me permet de conclure que le chemin à parcourir est encore long. Le laissez-faire économique, ce fléau qui profite aux plus informés d’entre nous, déchire le peu de lien social qui persiste
dans notre société et marginalise les laissés-pour-compte du système. Il est grand temps de responsabiliser la classe politique afin de réguler le système
économique et financier, dans l’optique de redistribuer les richesses de manière équitable.
Les théoriciens du trickle-down economics,
qui croient que ce sont les plus fortunés qui permettent à la société dans son ensemble de s’enrichir, sont avisés de revoir leur copie. S’il est vrai que la mondialisation et la libéralisation
des échanges a permis à des millions
d’hommes et de femmes de sortir de la pauvreté, je persiste à penser que l’Etat providence est le meilleur outil d’enrichissement collectif. Comme les keynésiens, je pense qu’une relance économique passe par l’allègement fiscal de toutes les couches de la population,
et non pas seulement des 10% les plus riches. C’est au nom de telles théories que les fondements du développement
sont édifiés : donnons aux investisseurs les moyens d’investir, et la population entière verra son niveau de vie s’améliorer. Or, il est évident que les firmes transnationales ne sont pas un facteur de développement efficace, puisque les avantages dont elles bénéficient
se font au détriment des populations
locales. Il en est de même pour le laissez-faire auto-régulé, qui ne mène qu’à l’accroissement des inégalités : la crise économique actuelle en est la preuve irréfutable.
Rand rejette ce que Auguste Comte appelle
« l’éthique altruiste », l’obligation morale d’exister pour les autres. Selon Rand, cette obligation morale d’aider autrui justifie la coercition afin de bénéficier
à certains au détriment des autres. Je récuse fortement cette vision des choses. Je pense que l’altruisme est ce qui permet aux hommes de surpasser
le matérialisme qui individualise l’homme à l’excès. De nos jours, plus personne ne se parle, plus un regard de compassion n’est offert aux plus démunis
; les images des Enfants de Don Quichotte sur le canal Saint-Martin nous laissent indifférents, puisqu’en tant que « passagers clandestins » nous supposons que quelqu’un d’autre fera ce que l’on ne souhaite pas faire. Il est temps de remédier au déficit de solidarité qui caractérise nos sociétés dites « avancées » ou « modernes », qui se fondent davantage sur l’hypocrisie
et l’inégalité des chances que sur la fraternité, véritable force motrice du progrès.
Je ne compte pas écrire un pamphlet révolutionnaire faisant appel aux armes,
j’espère seulement pousser le lecteur
à la réflexion, au questionnement profond de l’importance que nous devrions
accorder au bonheur matériel. Croire à la rationalité absolue des hommes
et l’ériger en loi universelle me dérange
profondément, puisque les élites en semblent globalement dépourvues, si ce n’est pour maximiser leurs intérêts,
peu importe le coût subi par la collectivité.
La discussion que j’ai eue avec cette dame m’a fait comprendre que le sens de la vie ne se résume pas à la consommation
personnelle mais à l’entraide et la solidarité. J’espère que cette dame a trouvé un endroit propre et sec pour passer la nuit, et que la roue tournera enfin en sa faveur.
Timothée Trimm

Un événement banal m’a profondément marqué aujourd’hui, et me fait réaliser à quel point nous sommes inconscients de la chance dont certains d’entre nous bénéficions. C’est le partage d’une cigarette avec une sans-abri parisienne qui me pousse à rédiger cet article, je lui dédie donc ces quelques mots.

J’étais paisiblement assis sur un banc lorsqu’elle m’approche, d’un air timide, et me demande si j’aurais la bonté de lui rouler une cigarette. Etant quelqu’un de généreux par nature, j’accepte volontiers et j’engage la conversation: j’apprends qu’elle cherche un endroit où dormir et que la vie lui a jeté un mauvais sort. Très croyante, elle me demande si c’est le bon Dieu qui a souhaité que sa vie se déroule ainsi ; c’est avec fatalisme qu’elle accepte son malheureux coup du sort. Après un quart d’heure de discussion, elle me remercie et continue son chemin, ne sachant où le destin la conduira. Je reste assis quelques minutes à cogiter, me demandant comment la société accepte de telles injustices.

Ce qui est paradoxal, c’est que je lisais quelques heures plus tôt les théories d’Ayn Rand, la théoricienne de l’objectivisme. La rencontre avec cette dame me permet de me rendre compte de l’absurdité de la pensée de cette intellectuelle américaine. Selon Rand, l’objectif moral de l’existence est la poursuite du bonheur, « l’intérêt personnel rationnel », rendu possible par le laissez-faire capitaliste. Mais comment omettre des relations sociales la sensibilité de l’homme ? Penser que la rationalité poussée à son maximum permet aux individus d’atteindre leur bonheur individuel relève tout simplement de l’aveuglement idéologique. Nier que le lien social se fonde sur la sociabilité, sur l’interaction et l’interdépendance mutuelle des citoyens, c’est réfuter que l’homme est un « animal social », comme le disait si justement Aristote. Expliquer la déviance par un manque de rationalité me semble réducteur, surtout lorsque l’on se place dans une logique de laissez-faire absolu.

L’absence d’Etat rime avec absence d’équité. Au nom de la justice sociale, Durkheim dit à ce sujet que si l’Etat «ne sait plus garantir l’égalité, il peut garantir l’équité». Ce sont d’ailleurs la sûreté et la justice qui permettent de garantir le bon fonctionnement de nos sociétés démocratiques. Je ne remets pas en question le libéralisme économique et politique, puisque c’est un système que je juge efficace lorsqu’il est bien régulé. Au contraire, je me positionne contre les penseurs qui voient en l’Etat un élément contraignant, empêchant les individus de s’exprimer librement. C’est justement cet Etat rationnel, informé et soucieux de faire primer l’intérêt général sur l’intérêt particulier qui permet à tous les individus d’une société d’atteindre, ne serait-ce qu’en partie, le bonheur qu’ils souhaitent. Force est de constater que l’Etat français actuel peine à remplir cet objectif. Pour preuve, le manque d’engagement en ce qui concerne la construction de logements sociaux, à un moment où les inégalités s’accroissent, me permet de conclure que le chemin à parcourir est encore long. Le laissez-faire économique, ce fléau qui profite aux plus informés d’entre nous, déchire le peu de lien social qui persiste dans notre société et marginalise les laissés-pour-compte du système. Il est grand temps de responsabiliser la classe politique afin de réguler le système économique et financier, dans l’optique de redistribuer les richesses de manière équitable.

Les théoriciens du trickle-down economics, qui croient que ce sont les plus fortunés qui permettent à la société dans son ensemble de s’enrichir, sont avisés de revoir leur copie. S’il est vrai que la mondialisation et la libéralisation des échanges a permis à des millions d’hommes et de femmes de sortir de la pauvreté, je persiste à penser que l’Etat providence est le meilleur outil d’enrichissement collectif. Comme les keynésiens, je pense qu’une relance économique passe par l’allègement fiscal de toutes les couches de la population, et non pas seulement des 10% les plus riches. C’est au nom de telles théories que les fondements du développement sont édifiés : donnons aux investisseurs les moyens d’investir, et la population entière verra son niveau de vie s’améliorer. Or, il est évident que les firmes transnationales ne sont pas un facteur de développement efficace, puisque les avantages dont elles bénéficient se font au détriment des populations locales. Il en est de même pour le laissez-faire auto-régulé, qui ne mène qu’à l’accroissement des inégalités : la crise économique actuelle en est la preuve irréfutable.

Rand rejette ce que Auguste Comte appelle « l’éthique altruiste », l’obligation morale d’exister pour les autres. Selon Rand, cette obligation morale d’aider autrui justifie la coercition afin de bénéficier à certains au détriment des autres. Je récuse fortement cette vision des choses. Je pense que l’altruisme est ce qui permet aux hommes de surpasser le matérialisme qui individualise l’homme à l’excès. De nos jours, plus personne ne se parle, plus un regard de compassion n’est offert aux plus démunis; les images des Enfants de Don Quichotte sur le canal Saint-Martin nous laissent indifférents, puisqu’en tant que « passagers clandestins » nous supposons que quelqu’un d’autre fera ce que l’on ne souhaite pas faire. Il est temps de remédier au déficit de solidarité qui caractérise nos sociétés dites «avancées» ou « modernes », qui se fondent davantage sur l’hypocrisie et l’inégalité des chances que sur la fraternité, véritable force motrice du progrès.

Je ne compte pas écrire un pamphlet révolutionnaire faisant appel aux armes, j’espère seulement pousser le lecteur à la réflexion, au questionnement profond de l’importance que nous devrions accorder au bonheur matériel. Croire à la rationalité absolue des hommes et l’ériger en loi universelle me dérange profondément, puisque les élites en semblent globalement dépourvues, si ce n’est pour maximiser leurs intérêts, peu importe le coût subi par la collectivité.

La discussion que j’ai eue avec cette dame m’a fait comprendre que le sens de la vie ne se résume pas à la consommation personnelle mais à l’entraide et la solidarité. J’espère que cette dame a trouvé un endroit propre et sec pour passer la nuit, et que la roue tournera enfin en sa faveur.

Timothée Trimm

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ITA: The self-made man all’italiana (FRA: Berlusconi, l’homme qui se fait justice tout seul)

THE SELF-MADE MAN ALL’ITALIANA

In tempi di crisi economica globale e di insperata quanto urgente rivoluzione energetica, la cronaca politica italiana è ugualmente attiva su molteplici fronti interni. Fra i numerosi fatti degni di nota che hanno ritmato la recente attualità italiana (la morte di Eluana Englaro e l’uso politico che ne è stato fatto e se ne fa tutt’oggi, la sconfitta di Renato Soru alle elezioni amministrative in Sardegna e la conseguente crisi del principale partito di opposizione al governo di Silvio Berlusconi), dedico queste righe a quello che forse ha fatto e fa più discutere: l’entrata in vigore del cosiddetto “pacchetto sicurezza”, il Decreto Legge n° 11 del 23 febbraio 2009.

Non è mia intenzione mettere in discussione la necessità di tale Decreto Legge, né la sua urgenza: una tale iniziativa richiederebbe molto più spazio, tempo e conoscenza della realtà in cui questo provvedimento si iscrive. Vorrei, tuttavia, entrare nel merito di una novità ben precisa che il Decreto introduce nel ruolo che ciascuno di noi potrà compiere in ambito sociale. Riporto qui di seguito una parte dell’articolo in questione(1):

Articolo 6, comma 3: I Sindaci possono avvalersi della collaborazione di associazioni tra cittadini non armati, previa intesa con il Prefetto che ne informa il Comitato provinciale per l’ordine e la sicurezza pubblica, al fine di segnalare agli organi di polizia locale, ovvero alle Forze di polizia dello Stato, eventi che possano arrecare danno alla sicurezza urbana ovvero situazioni di disagio sociale.

Secondo l’interpretazione più diffusa e espressiva che è stata data di questo comma, il Decreto istituisce le cosiddette “ronde”. Questa parola è in grado di riportare immediatamente ciascun cittadino italiano indietro di 80 anni, epoca durante la quale molto si contava sull’impegno individuale in favore dell’adesione collettiva all’ortodoxia fascista. L’analogia con le squadre del Ventennio mussoliniano potrebbe apparire eccessiva: per esempio, c’è da essere rassicurati dal fatto che un emendamento proposto dalla formazione di governo abbia inserito quel “non armati” che mancava nel testo originale proposto dagli esponenti della Lega Nord. Ci sono, però, due questioni fra tante che sollevano particolarmente la mia reazione e inquietudine.

La prima è una questione di principio. Lo Stato detiene legittimamente il monopolio dell’uso della forza, monopolio che si compie tramite la burocrazia e la polizia. Sotto questa luce, condivisa dalla maggior parte delle definizioni di Stato in tutte le sue forme amministrative, il Decreto citato rappresenta una delega di uno dei poteri fondamentali di uno Stato, una delle ragioni principali per cui ciascuno di noi può dirsi cittadino e contare su un certo numero di diritti inalienabili.

Se si mettesse da parte per un istante questa questione di principio (i princìpi sono un lusso in tempi di crisi istituzionale e politica), si arriverebbe alla seconda questione: una questione pratica che mi spinge a prendere atto della novità e ad analizzarne le conseguenze. Si tratta semplicemente di fiducia: posso io, cittadino qualunque, avere fiducia in coloro verso cui è svolta la delega? Su questa delega, il cittadino ha un controllo solo parziale in quanto è il suo rappresentante più diretto, democraticamente eletto, a metterla in atto: il sindaco. Lungi da me la tentazione di emettere un giudizio sull’operato e sulle dichiarazioni dei sindaci. Si sa, però, che l’amministratore locale è a sua volta un delegato: il colore politico di un sindaco non può non influire sulla scelta di avvalersi o meno dell’aiuto delle “associazioni fra cittadini”, né sulla scelta di questa o quella associazione. A mio modestissimo parere, il semplice rischio che Ia delega possa fare cadere la minima responsabilità di sicurezza collettiva su qualcuno mosso dai propositi razzisti, xenofobi e intolleranti di Lega Nord, Alleanza Nazionale, Forza Nuova o altre organizzazione neofasciste è sufficiente a giustificare una critica completa e radicale del testo del Decreto. Immancabilmente, la recente attualità non fa altro che confermare ciò che ci si poteva attendere: il colore delle più zelanti milizie cittadine, intervenute per la nostra sicurezza ancor prima dell’entrata in vigore del decreto, è effettivamente nella maggior parte dei casi nero e verde (nero come le camicie fasciste, verde come le bandiere della Lega Nord).

La maggior parte dell’opinione pubblica italiana, la stessa che periodicamente si reca alle urne, è da tempo in balia della digestione mediatica di televisioni filo-berlusconiane, Essa non si scandalizza più di niente: né di uno Stato che delega un suo potere fondamentale, né di un rischio di spedizioni punitive condotte sulla base di giudizi sommari e soggettivi. Razionalmente e tristemente, c’è poco di cui stupirsi: il Decreto Legge in questione è sbocciato sullo stesso ramo parlamentare che dai banchi dell’opposizione propose lo sciopero delle imposte. In quest’ottica, il “pacchetto sicurezza” è un’iniziativa che arricchisce il paradigma dell’uomo moderno tanto cara a Silvio Berlusconi: dopo l’uomo che si è fatto da solo, è venuto l’uomo che si è fatto le regole da solo, ora evoluto in uomo che si fa giustizia da solo.

ITALY ELECTIONS

 

THE SELF-MADE MAN À L’ITALIENNE

Par ces temps de crise économique globale et d’urgente révolution énergétique, la vie politique italienne est également active sur plusieurs fronts internes. Parmi les nombreux faits dignes de remarque qui ont rythmé la récente actualité de la péninsule (la mort d’Eluana Englaro et son utilisation à fins politiques ou encore la défaite de Renato Soru aux élections régionales en Sardaigne et la successive crise du principal parti d’opposition au gouvernement de Silvio Berlusconi), je consacre ces lignes à celui que probablement a engendré les discussions le plus animées: la promulgation du Décret n°11 du 23 février 2009 au sujet de la sécurité des citoyens [de manière rapide, nous pouvons dire que pour la Constitution italienne un décret équivaut à ce que dans la V République française on appelle une Ordonnance: il s’agit d’une mesure législative propre à l’exécutif qui entre en vigueur le même jour de la présentation aux chambres parlementaires et pour les 60 jours suivant sa promulgation. Pendant cette durée, les chambres peuvent entamer les débats visant à la transformation du décret en loi. Le pouvoir exécutif peut faire valoir son droit de recourir à cette procédure législative déléguée sous conditions très précises et en particulier en cas de nécessité et urgence].

Mon intention n’est pas celle de mettre en question la nécessité ni l’urgence de ce Décret: cette initiative demanderait bien plus d’espace, temps et connaissance de la réalité dans laquelle le Décret intervient. Je vais, au contraire, m’occuper d’une question bien précise, une nouveauté que le Décret introduit dans le rôle que chaque citoyen italien peut avoir dans un cadre social et collectif. Je me permets de traduire et résumer ci-dessous la partie de l’article concerné(1): les maires peuvent décider de profiter de la collaboration d’associations de citoyens non armés afin de signaler aux forces de l’ordre locales les événements susceptibles de causer dommage à la sécurité urbaine ou situations de désagrément social.

D’après l’interprétation la plus courante qui a été donnée de cet article, le Décret officialise ce qu’en Italie on appelle “le ronde”. Ce mot est capable de transporter chaque citoyen italien en arrière de 80 ans, à une époque où on comptait particulièrement sur l’engagement individuel en faveur de l’adhésion collective à l’ortodoxia fasciste. L’analogie entre les “ronde” et les milices mussoliniennes pourrait apparaître forcée: par exemple, il y a de quoi être rassurés du fait qu’un amendement proposé par la coalition de gouvernement ait rajouté ce “non armés” au texte initialement rédigé par les représentants de la Ligue du Nord. Deux aspects parmi plusieurs méritent tout de même de l’attention et soulèvent ici ma réaction et inquiétude.

Le premier point est une question de principe. L’État détient légitimement le monopole de l’usage de la force, monopole qu’il met en pratique par la bureaucratie et la police. Sous cette lumière, partagée par la plupart des définition d’État quelque soit sa forme administrative, par le Décret mentionné l’État italien délègue un de ses pouvoirs fondamentaux, une des principales raisons pour lesquelles chacun d’entre nous peut se dire citoyen et compter ainsi sur un certain nombre de droits inaliénables.

Si nous arrivions à mettre de côté pour un instant cette première question de principe (les principes sont un luxe au cours de la longue crise institutionnelle et politique que l’Italie traverse depuis 1994), nous affronterions la deuxième question: une question pratique qui me pousse à prendre conscience de la nouveauté et à en analyser les conséquences. Il s’agit, tout simplement, de confiance: puis-je, citoyen quelconque, faire confiance à ceux vers qui est réalisée la délégation? Le citoyen a un contrôle limité sur cet acte car il est mis en place par son représentant le plus direct, démocratiquement élu: le maire. Tout en évitant de fournir un jugement sur les actions et les déclarations des maires, il m’est,, pourtant, inévitable de constater que le maire n’est qu’à son tour un délégué: la couleur politique du maire ne peut ne pas influencer la décision d’élargir le nombre des garants de la sécurité collective ou le choix d’une association de citoyens plutôt qu’une autre pour le faire. À mon point de vue, la simple existence du risque que la moindre responsabilité de sécurité collective tombe sur un militant des principes fascistes, xénophobes et intolérants promus par Alliance Nationale, la Ligue du Nord ou autres organisations néo-fasciste est suffisante pour justifier une critique complète et radicale du texte du Décret. Immanquablement, la récente actualité ne fait rien d’autre que confirmer ce que nous pouvions nous attendre: la couleur des milices les plus motivées intervenues pour notre sécurité même avant l’entrée en vigueur du Décret est noire et verte. Noire comme les chemises des milices fascistes et verte comme les drapeau des militants de la Ligue du Nord.

La plupart de l’opinion publique italienne, la même que périodiquement se rend aux bureaux de vote, est depuis longtemps à la merci de la digestion médiatique de télévisions filo-berlusconiennes. Elle ne se scandalise plus de rien: ni d’un État qui délègue un de ses pouvoir fondamentaux, ni du risque d’expéditions punitives conduites sur la base de jugements sommaires et subjectifs. Rationnellement et tristement, il n’y a pas grande chose dont s’émerveiller: le Décret en question a bourgeonné sur la même branche parlementaire qui depuis les bancs de l’opposition proposa la grève des impôts. Sous cette lumière, l’ensemble des mesures pour la sécurité des citoyens prises par le Gouvernement est une initiative qui enrichit le paradigme de l’homme moderne, aussi chère à Silvio Berlusconi: après l’homme qui s’est fait tout seul, vient l’homme qui se fait les règles tout seul, maintenant évolué en homme qui se fait justice tout seul.

Lorenzo PONZO 

 

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