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Colombie : Vert ou Jaune?

Colombia: verde o amarillo? >> Traducción a continuación de la versión en francés.

Gustavo Petro, Noemí Sanín, Antanas Mockus et Juan Manuel Santos

La vie politique colombienne semble sortir de sa léthargie. Le premier tour des élections présidentielles se tiendra le 30 mai prochain et l’on assiste à un phénomène politique d’une ampleur surprenante. Alors qu’on annonçait un duel  « de droite », pour une succession dans la droite ligne d’Alvaro Uribe entre l’uribiste Noemi Sanin et, du Parti conservateur, et Juan manuel Santos (de l’hyper-uribiste parti de la U), un ancien maire de Bogotá, membre du Partido Verde (PV), Aurelijus Rutenis Antanas Mockus Šivickas, plus simplement Mockus, vient redonner de l’espoir aux progressistes et intellectuels du pays. De souche lituanienne, fils de sculpteure, philosophe et mathématicien, Antanas Mockus est un véritable extra-terrestre dans la vie politique colombienne, traditionnellement conservatrice. Célèbre pour avoir montré son « cul » à des étudiants en arts chahuteurs pour pouvoir, radicalement, donner sa conférence, il connait actuellement une progression spectaculaire dans les sondages à 20% selon Semana. Santos est encore loin avec ses 30 %, mais certains espèrent en Colombie aujourd’hui que le bouche-à-oreille citoyen permettra à Mockus de l’emporter.

Mais pour ceux qui croyaient à ce changement possible, et qui souhaitaient mettre fin à la la politique de « sécurité démocratique »  menée par le populiste-et-populaire Uribe depuis 2002, qui divise le pays, stigmatise certains groupes tout en jouant sur les peurs des Colombiens, l’alternative historique semblait être le Polo Democrático (PD) de Gustavo Petro. Le Pôle Démocratique, de couleur jaune, des « LibDems » à la colombienne, concentraient jusqu’à il y a peu tous les espoirs des progressistes.

Mais le charismatique Mockus, répétant que « la vie est sacrée », que « les ressources publiques sont sacrées », plaidant pour un environnement sain et durable, semble provoquer un bouillonnement intellectuel, une mobilisation populaire et une véritable réveil démocratique national. Dans cette élection à la française (scrutin majoritaire à deux tours), pour la gauche colombienne le dilemme est le suivant : pour gagner, doit-on rester fidèle au PD, par habitude, ou faut-il s’ouvrir au PV de Mockus?

Le premier président vert du monde serait-il colombien? Certains découvrent l’écologie, mais commencent à y penser sérieusement.

Ci-après un message d’ami : Vert ou Jaune ?

__________

Je tenais à te soumettre une réflexion que j’ai eue par rapport à la campagne présidentielle en Colombie.

Comme tu le sais, je connais relativement mal le paysage et l’histoire politiques de ton pays, et, hors du jeu politique colombien, je ne voterai pas, mais je crois percevoir une lame de fond qui pourrait faire avancer les choses dans ce pays, dont je suis peut-être justement assez éloignée pour oser te soumettre cet avis. Bon, en propos liminaire, je complèterai par mon positionnement : je suis « écologiste radicale libertaire », ce qui conditionne certainement ce qui va suivre.

A quelques semaines du vote, nous ne sommes plus, et pas encore, dans la phase d’analyse politique, mais bien dans la phase de la conquête du pouvoir par un nouveau leader. Celle-ci, au sens de Machiavel, ne doit pas s’embarrasser d’hésitations ou de débat internes interminables, surtout quand on sait que le candidat d’en face (Santos) dispose d’une armée de militants et d’une stratégie d’influence très bien ancrée dans les cercles de pouvoir.

Il me semble qu’aujourd’hui la Colombie progressiste reste cependant divisée en deux camps, qui, ensemble seraient majoritaires, mais qui, opposés, laisseraient un boulevard au candidat « uribiste ». Le jeu d’échec de l’élection présidentielle, surtout avec le scrutin majoritaire à deux tours, pourrait bien en fait consacrer un candidat minoritaire à la fonction suprême.

Faut-il, pour vous « progressistes », soutenir le PD, qui a depuis des années représenté le seul espoir de changement ou le PV, phénomène politique dont la germination récente surprend l’observateur, et qui est certainement dû à la figure d’Antanas Mockus, intellectuel et « vert » au sens européen du terme?

Il me semble que la polarisation de l’espace politique colombien s’est accrue au cours des années Uribe et que, de ton point de vue, le PD pourrait représenter LE vote 100 % changement, anti-mafias, clientélisme : le renouveau que ceux qui ont tout de suite vu clair à travers la politique de sécurité démocratique, ont toujours espéré.

Cependant, en terme d’union nationale et de perception internationale, faut-il, pour la Colombie, ce coup de barre à gauche ? Je m’explique. La popularité de l’actuel président reste indéniable, l’arrivée d’un parti « jaune » ou « orange » au pouvoir ne permettrait-elle pas à terme une « Restauration » par la Colombie conservatrice, en un mot, n’accroîtrait-elle pas la polarisation d’un pays qui cherche son union ?

D’un point de vue stratégique, n’y a-t-il pas un risque pour les Colombiens que l’élection du candidat PD, fasse croire à une filiation bolivarienne du pays avec les mouvements de gauche que l’on constate à ses frontières (ne parlons pas de Chavez….), c’est-à-dire une décrédibilisation du mouvement politique pro-changement, qui semble pourtant authentique? Je ne sais pas, en outre, si les prises de positions du PD sur les questions « sociales » (femmes, contraception, avortement, gays …) n’ont pas quelque peu troublé son « positionnement » politique.

Je comprendrais tout à fait si l’on me répondait: « tu n’y connais rien; Uribe et ses sbires ont vicié la vie politique colombienne ; seul le Polo peut permettre un retour aux valeurs de solidarité, d’éthique.. » :

1 Est-ce vrai?
2 N’y a-t-il pas mieux à faire?

Tu me vois venir avec le « mieux »… Dans cette lutte à mort entre les candidats, ne faut-il pas voir plus loin? Ne faut-il pas soutenir l’émergence d’une force écologique et morale (je ne crois pas que Mockus ait tapé dans la caisse de la mairie de Bogota…?) qui serait en fait visionnaire. Aucun chef d’état dans le monde (à ma connaissance) n’est « vert ». Quels seraient les titres des journaux du monde le 1er juin 2010 au matin (en cas de tour unique) si la Colombie était le premier pays à franchir le pas ? Je crois comprendre que Mockus, pour devenir populaire, a dû s’adresser au peuple, employant parfois une rhétorique simple qui éveille la méfiance de ta pensée élitiste. MAIS, comme évoqué en introduction, aujourd’hui, il s’agit de gagner, pas de démontrer que le philosophe sait philosopher.

Voilà, donc rapidement, as-tu pensé à ce qui pourrait engendrer le vrai changement pour la Colombie? T’es-tu suffisamment distancée pour regarder le long terme, sans inconsciemment prendre une « vengeance » contre le clan de Medellin, qui a confisqué le pouvoir depuis 2004? Je pense qu’il est malaisé pour un citoyen colombien « progressiste » de réellement faire son choix : jaune ou vert?

C’est pour cela que je voulais essayer de parler, en français, du vrai changement, de l’unité nationale et d’un progressisme qui, venant de Colombie, pourrait surprendre le monde. Je sais que ces questions t’interpelleront certainement, et je serais très contente si tes potes pouvaient peut-être t’aider à mener ces réflexions, la politique ne se faisant jamais seule.

En tous cas à bientôt et bon courage,

Ulrike

__________

__________

Quiero proponerte esta reflexión con respecto a la campaña presidencial en Colombia.* Como lo sabes, conozco mal el paisaje y la historia política de tu país, y, fuera del juego político colombiano, no votaré pero creo percibir una ola de fondo que podrá hacer avanzar las cosas en un país del cual estoy tal vez justamente lo suficientemente alejado para osar proponerte esta opinión. Bueno, en las observaciones introductorias, complementaré por mi posicionamiento: soy « ecologista radical libertaria », lo que condiciona seguramente lo que sigue.

A pocas semanas del voto ya no estamos en la fase de análisis político, sino en la fase de la conquista del poder por un nuevo líder. Ésta fase, en el sentido de Maquiavelo, no debe cargarse de dudas o de debates internos interminables, sobre todo cuando sabemos que el candidato que tenemos en frente (Santos) dispone de una armada de militantes y de una estrategia de influencia muy bien anclada en los círculos del poder.

Me parece que hoy la Colombia progresista sigue sin embargo dividida en dos campos, que juntos, serían mayoritarios, pero que separados, dejarían el camino libre al candidato “uribista”. El juego de ajedrez de las elecciones presidenciales, sobre todo cuando se juega a votación mayoritaria en dos vueltas, podría de hecho consagrar un candidato minoritario en la función suprema.

¿Hay que apoyar al Polo Democrático (PD), que desde hace algunos años ha representado la única esperanza de cambio, o al Partido Verde (PV), fenómeno político cuya germinación reciente sorprende al observador, y que se debe seguramente a la figura de Antanas Mockus, intelectual y « verde » en el sentido europeo del término?

Me parece que la polarización del espacio político colombiano ha aumentado a lo largo de los años Uribe, y que, desde tu punto de vista, el Polo Democrático podría representar EL voto 100% cambio, anti-mafias, clientelismo: la renovación que esperaron siempre aquellos que vieron claro de inmediato y a través de la política de seguridad democrática.

Sin embargo, en términos de unión nacional y de percepción internacional, es necesario para Colombia este cambio de dirección extremo hacia la izquierda?  Me explico. La popularidad del presidente actual es innegable, así ¿ la llegada de un partido “amarillo” o “naranja” al poder no permitiría a la larga una Restauración de la Colombia conservadora?, en otras palabras, ¿la elección del PD no incrementaría la polarización de un país que busca su unión?

Desde un punto de vista estratégico, no representa un riesgo para los colombianos que la elección del candidato del Polo Democrático cree una filiación bolivariana del país con los movimientos de izquierda que observamos en sus fronteras? (no hablemos de Chavez…) Es decir una desacreditación del movimiento político pro-cambio, que parecería sin embargo auténtica? No sé, además, si las tomas de posición del Polo sobre los asuntos sociales (mujeres, contracepción, aborto, homosexuales… ) no han de algún modo alterado su « posicionamiento » político?

Comprendería si alguien me respondiera: “Tu no sabes nada; que Uribe y sus esbirros viciaron la vida política colombiana y que sólo el Polo puede permitir un retorno a los valores de solidaridad y ética…. »

1.       ¿Es esto cierto?

2.       ¿No hay nada mejor por hacer?

En esta lucha a muerte entre los candidatos, ¿no hay que ver más lejos? ¿No hay que apoyar la emergencia de una fuerza ecológica y moral (no creo que Mockus haya tumbado a la alcaldía de Bogota… ?) que sería de hecho visionaria? Ningún jefe de estado (que yo sepa) en el mundo es verde. ¿Cuáles serían los títulos de los periódicos del mundo en la mañana del primero de junio de 2010 (en caso de que Mockus ganara en la primera vuelta) si Colombia fuera el primer país en dar ese paso? Creo comprender que Mockus, para ganar popularidad, debió dirigirse al pueblo, empleando a veces una retórica simple que despierta la desconfianza de tu pensamiento. PERO, como dije en la introducción, hoy, se trata de ganar, no de demostrar que el filósofo sabe filosofar.

Aquí están entonces rápidamente mis reflexiones, ¿ has pensado en eso que podría engendrar un verdadero cambio para Colombia ? ¿ Te has distanciado lo suficiente para ver a largo plazo, sin tomar inconscientemente una posición de venganza contra el clan de Medellín que ha confiscado el poder desde el 2004 ? Pienso que no es fácil para un ciudadano colombiano “progresista” realmente escoger: ¿verde? o ¿amarillo?

Es por ello que quise hablar, en francés, del cambio verdadero, de la unidad nacional y de un progresismo que, viniendo de Colombia, podría sorprender al mundo. Sé que estas preguntas ciertamente te interpelarán y estaré muy contenta si tu círculo social podría ayudar tal vez a dirigir estas reflexiones, ya que la política no se hace jamás de forma solitaria.

En todo caso, hasta pronto y ánimo,

UM

* E-mail escrito originalmente en la lengua materna de UM,  autora francesa de ésta epístola.  Traducido generosamente al español por Rocío Pérez  y gracias a su iniciativa para contribuír a su difusión.


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Classé dans Espagnol, Français

Crise de l’environnement, crise de civilisation

La crise du modèle de civilisation occidental est bien réelle. C’est l’ensemble de notre contrat social et de notre société de consommation qui se trouve subitement remis en cause. La crise actuelle est unique en son genre. Nous vivons en quelque sorte une époque similaire à la drôle de guerre (la France avait déclaré la guerre à l’Allemagne en 1939 mais il n’y eut aucun combat pendant des mois : la raclée de 1940 et l’Occupation qui suivirent furent beaucoup moins « drôles »), lorsqu’on « savait », mais d’un savoir un peu irréel, aujourd’hui encore tout semble continuer comme avant, et la catastrophe pressentie n’offre aucune prise. De même, ces petits gestes que chacun peut faire au quotidien, cette Charte de la Cité Durable, s’ils sont importants pour une meilleure prise de conscience, semblent ridicules face à l’ampleur du phénomène. Alors que faire ? Se laisser aller au catastrophisme ? A l’humour fataliste de la fin du monde ? Regarder le Ciel, encore une fois, en attendant le miracle ? Ou simplement, à la manière des musiciens du Titanic, continuer à jouer ?

Alors qu’il accédait au pouvoir en 1933, Franklin Delano Roosevelt déclarait « Nature still offers her bounty and human efforts have multiplied it » : en pleine crise, la nature était encore une source inépuisable de revenus, un recours possible. Or la nature est épuisée aujourd’hui, le recours n’est plus possible, le sursis introuvable. La finitude du monde et de ses ressources est bien la cause fondamentale de l’effondrement de la spéculation, des guerres préemptives et de la rhétorique du pillage moderne des dernières richesses enfouies. Jamais l’Humanité n’avait été confrontée à cette promiscuité, à la réduction irrémédiable de sa consommation future de biens naturels. La véritable chute hors du paradis arrive lorsque celui-ci ne nous nourrit plus, ne peut plus donner sans compter comme il l’avait fait jusqu’à présent. La date prévue n’est pas après-demain, ni même demain, c’est tout à l’heure.

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FRA – 2009: Charles Darwin a 200 ans

L’exploitation de la théorie de Charles Darwin n’a jamais cessé depuis 150 ans, notamment car les sciences économiques ont cherché un modèle puisant sa légitimité dans un « ordre biologique naturel ». Le capitalisme est-il donc une conséquence logique de l’instinct de survie de notre espèce? A-t-on perverti la théorie de On the origin of species afin de justifier une société de classes ?

Darwin

Pour convaincre, Charles Darwin se devait de montrer
que la « lutte » était un facteur fondamental de l’évolution. Cependant, il n’en apporte que des preuves indirectes, et reste assez réservé, général. Alors, la « lutte impitoyable » a-t-elle vraiment joué le rôle qu’on lui assigne dans l’évolution des espèces?
L’influence de Darwin sur les sciences économiques étant monumentale,
il est important de rappeler que la théorie néoclassique
« libérale » n’en a retenu qu’un aspect : celui de la « compétition
impitoyable », ignorant totalement
la dimension de « coopération
», pourtant bien présente – et fondamentale – dans la théorie de l’évolution.
Au début, puisqu’elle remettait en cause la justification religieuse des classes bourgeoises, dominant selon
un « ordre divin » immuable, la théorie de Darwin a transcendé les idéaux révolutionnaires par le « droit à la lutte des prolétaires ». Cependant, très rapidement, les classes dominantes ont tiré de la théorie de Darwin le concept d’une classe, plus apte, plus prévoyante, une classe d’exploitants, ainsi mieux adaptée au monde capitaliste
(un argument impertinent: les « pauvres » ont généralement plus d’enfants que les « riches », et seraient par conséquent plus « compétitifs » dans le grand Jeu de l’évolution…) : la justification de la domination naturelle de cette
dernière était donc sauve.
De même que la classe anciennement
dominante a conservé sa place après Darwin, on inventait durant la deuxième moitié du 19ème siècle un capitalisme débridé
des plus sauvages, oubliant toute considération humaniste dans sa conception des moyens de production, capitalisme précisément
« naturel ». Le capitalisme devenant la « supériorité des plus forts », la théorie de l’évolution -biaisée- en devenait le principe. Le capitalisme était forcément devenu
naturel: il est dès lors aussi triomphant qu’impitoyable. Ainsi, ceux qui couronnaient Darwin d’une main, justifiaient de l’autre une exploitation éhontée de l’homme
par l’homme.
L’histoire de la pensée prouve que tous les arguments en faveur d’une coopération, d’une entraide entre individus (ou animaux), conditionnant
leur adaptabilité, leur capacité à survivre, ont été systématiquement
battus en brèche, décrédibilisés, notamment par Herbert Spencer.
En fait, les phénomènes sociaux seraient cruciaux dans « notre » capacité de survie dans un monde de luttes et de bouleversements écologiques majeurs. Il est facile de comprendre quelles sont les implications
de cette remarque simple, sur le plan économique, et sur le plan politique : elle est « dangereuse
» pour l’ordre social structurant
dans lequel nous vivons et devons accepter comme tel.
Comment la théorie économique actuelle a-t-elle été influencée par le darwinisme, et surtout par quelle
sorte de darwinisme ? Comment postuler un autre ordre de rapports
sociaux sans tomber dans les clichés dans lesquels la pensée
« anarcho-syndicaliste » a été souvent enfermée? Les crises seraient-
elles la résultante d’une vision
purement « compétitiviste » de nos rapports?
De même, comment considérer la notion d’environnement dans une situation de concurrence et de consommation exacerbée, as if there was no tomorrow ?
En 1919, Pierre Kropotkine tentait une synthèse dans « L’entr’aide ». A travers une étude naturaliste des humains, il montre en quoi nous sommes des animaux fondamentalement
sociaux, coopératifs
et solidaires. L’homme nu, qui ne court pas très vite, ne nage pas bien et ne peut pas voler, aurait-il survécu sans l’entre-aide, sans le partage permanent et gratuit des connaissances, des intelligences, des mythes et des biens ?
Si le sourire, la main tendue, l’altruisme,
le partage existent encore,
c’est peut-être parce que sans eux nous ne serions pas là…
Cette année, Darwin aurait 200 ans, son On the Origin of Species a 150 ans. Nos sociétés traversent une crise fondamentale : économique,
environnementale, sociale et certainement philosophique. N’est-il pas temps de se tourner vers Darwin pour essayer de repenser
de nos rapports humains ?
Si seulement Charles pouvait nous aider… Au fait, bon anniversaire!
Paul-Jean Patrick
Pour convaincre, Charles Darwin se devait de montrer que la « lutte » était un facteur fondamental de l’évolution. Cependant, il n’en apporte que des preuves indirectes, et reste assez réservé, général. Alors, la « lutte impitoyable » a-t-elle vraiment joué le rôle qu’on lui assigne dans l’évolution des espèces?
L’influence de Darwin sur les sciences économiques étant monumentale, il est important de rappeler que la théorie néoclassique « libérale » n’en a retenu qu’un aspect : celui de la «compétition impitoyable », ignorant totalement la dimension de « coopération », pourtant bien présente – et fondamentale – dans la théorie de l’évolution.
Au début, puisqu’elle remettait en cause la justification religieuse des classes bourgeoises, dominant selon un « ordre divin » immuable, la théorie de Darwin a transcendé les idéaux révolutionnaires par le « droit à la lutte des prolétaires ». Cependant, très rapidement, les classes dominantes ont tiré de la théorie de Darwin le concept d’une classe, plus apte, plus prévoyante, une classe d’exploitants, ainsi mieux adaptée au monde capitaliste (un argument impertinent: les « pauvres » ont généralement plus d’enfants que les « riches », et seraient par conséquent plus « compétitifs » dans le grand Jeu de l’évolution…) : la justification de la domination naturelle de cette dernière était donc sauve.
De même que la classe anciennement dominante a conservé sa place après Darwin, on inventait durant la deuxième moitié du 19ème siècle un capitalisme débridé des plus sauvages, oubliant toute considération humaniste dans sa conception des moyens de production, capitalisme précisément « naturel ». Le capitalisme devenant la « supériorité des plus forts », la théorie de l’évolution -biaisée- en devenait le principe. Le capitalisme était forcément devenu naturel: il est dès lors aussi triomphant qu’impitoyable. Ainsi, ceux qui couronnaient Darwin d’une main, justifiaient de l’autre une exploitation éhontée de l’homme par l’homme.
L’histoire de la pensée prouve que tous les arguments en faveur d’une coopération, d’une entraide entre individus (ou animaux), conditionnant leur adaptabilité, leur capacité à survivre, ont été systématiquement battus en brèche, décrédibilisés, notamment par Herbert Spencer.
En fait, les phénomènes sociaux seraient cruciaux dans « notre » capacité de survie dans un monde de luttes et de bouleversements écologiques majeurs. Il est facile de comprendre quelles sont les implications de cette remarque simple, sur le plan économique, et sur le plan politique : elle est « dangereuse » pour l’ordre social structurant dans lequel nous vivons et devons accepter comme tel.
Comment la théorie économique actuelle a-t-elle été influencée par le darwinisme, et surtout par quelle sorte de darwinisme ? Comment postuler un autre ordre de rapports sociaux sans tomber dans les clichés dans lesquels la pensée « anarcho-syndicaliste » a été souvent enfermée? Les crises seraient-elles la résultante d’une vision purement « compétitiviste » de nos rapports?
De même, comment considérer la notion d’environnement dans une situation de concurrence et de consommation exacerbée, as if there was no tomorrow ?
En 1919, Pierre Kropotkine tentait une synthèse dans « L’entr’aide ». A travers une étude naturaliste des humains, il montre en quoi nous sommes des animaux fondamentalement sociaux, coopératifs 
et solidaires. L’homme nu, qui ne court pas très vite, ne nage pas bien et ne peut pas voler, aurait-il survécu sans l’entre-aide, sans le partage permanent et gratuit des connaissances, des intelligences, des mythes et des biens ?
Si le sourire, la main tendue, l’altruisme, le partage existent encore, c’est peut-être parce que sans eux nous ne serions pas là…
1859_Origin_F373_008
Cette année, Darwin aurait 200 ans, son On the Origin of Species a 150 ans. Nos sociétés traversent une crise fondamentale : économique, environnementale, sociale et certainement philosophique. N’est-il pas temps de se tourner vers Darwin pour essayer de repenser de nos rapports humains ?
Si seulement Charles pouvait nous aider… Au fait, bon anniversaire!
Paul-Jean Patrick

 

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CHI: 自来水-你敢喝吗?(FRA: L’eau du robinet – tu oses en boire?)

法国人喜欢喝自来水吗

En Chine, on ne peut pas boire de l’eau du robinet directement, il faut obligatoirement la faire bouillir. Mais ce problème n’existe pas en France! Certains résidents se demandent si l’eau de Paris est propre à la consommation : elle l’est ! Alors, est-ce que tous les français boivent l’eau du robinet? L’eau dure nuit-elle à notre santé ? Miao, résident de la MIAA, nous apporte ici une magnifique démonstration qui répond à toutes ces questions.

 

eau_distribution_robinet

  在法国,人们可以直接饮用自来水。即使这样,大多数法国人仍然购买瓶装水, 他们认为自来水中没有丰富的矿物质,而且也不喜欢漂白粉的味道。这一饮水习惯自2006年开始出现逆转。如今,法国人自来水饮用量逐渐增加,已超过了瓶装水。08年的调查表明,自来水的饮用量占到了59%高于瓶装水的41%。而有67%的人表示他们每周至少喝一次自来水。近几年来,法国着手提高自来水的品质。巴黎市的自来水和某些品牌矿泉水一样,富含矿物质等对身体有益的成分。这受到了巴黎市民的广泛欢迎。但是,对我们而言,直接饮用自来水还未完全被接受,很多赴法留学的学生都会带一个电热壶,把水加热了再喝,对于喜好喝茶的人们,开水冲茶是必不可少的。

热自来水可以直接饮用吗?

对于热自来水,很多人会把它和供暖设备的回用水混为一谈,回用水含有很多对身体有害的杂质,无法饮用。供暖设备的回用水和饮用水的加热设备是两套独立的系统。自来水经锅炉加热后,进入饮用水管道,通往厨房和浴室。其加热的原理如同电热壶中电热丝一样。而对于暖气设备的热水,一部分回用进行在加热,一部分则排入污水管道。

饮用热自来水的另一个担忧是由于水在锅炉中长时间加热,产生了一些有害物质。比如硝酸盐与亚硝酸盐。水烧开后并不能去除它们,相反长时间加热会增加他们的浓度。硝酸盐在人体内会转化成亚硝酸盐,而后者对人体有害。法国的饮用水水质指标规定了硝酸根需低于50mg/l, 亚硝酸根低于0.1mg/l,日常用水即使反复加热后,浓度也应该不会大幅增加,所以仍可直接饮用。妥当的办法是参照饮用水水质指标,分别测试两种情况下硝酸盐和亚硝酸盐的浓度,便能得到结论。如果仍有顾虑,还是以冷水做饭,煮汤和饮用为宜。

硬水有害健康吗

  法国的大多数地区都属于硬水地区。常常听到有这样的说法,“烧完水的电热壶,全是水垢,水太脏了”。水垢的产生是由于水中钙、镁离子的化合物在高温下分解成沉淀。我们所饮用的水中多多少少含有钙和镁。那么含量多少才不影响健康呢?我国的饮用水标准规定不超过450mg/l(碳酸钙)的量,世界卫生组织规定500mg/l(碳酸钙)。而法国的饮用水标准竟然要求水的硬度大于150mg/l(碳酸钙),原因在于太软的水会腐蚀管道,腐蚀物会造成水质不佳。此外,钙与镁是人体中的宏量元素,喝硬水是补充这些元素的途径之一。相反,太软的水往往呈酸性,经常饮用会带走人体中的钙质。如果觉得水垢太厚,可以加入醋煮沸,变可有效将其去除。

CHEN Miao (陈淼)

L’eau du robinet, tu oses en boire?

 

Les français n’aiment pas l’eau du robinet ?

En France, on peut boire de l’eau du robinet directement. Mais, la plupart des français préfère l’eau en bouteille, car ils pensent que l’eau du robinet ne contient pas de minéraux et le goût de chlore est si fort qu’ils ne l’aiment pas beaucoup. Depuis 2006, cette habitude commençait à changer. Maintenant, la consommation de l’eau du robinet augmente (59%) progressivement et excède désormais celle de l’eau en bouteille (41%), comme il fut montré par une enquête en 2008. 67% des personnes interrogées disent qu’elles boivent de l’eau robinet au moins une fois par semaine. Récemment, la France s’efforce d’améliorer la qualité de l’eau du robinet. L’eau de Paris, fournie par la municipalité, contient des minéraux contribuant à la santé comme l’eau minérale, ce qui est bienvenu pour les parisiens. Néanmoins, pour les chinois, boire de l’eau robinet directement n’est pas encore accepté universellement. Beaucoup d’ étudiants apportent une bouilloire électrique quand ils arrivent en France et boivent de l’eau seulement après en avoir réchauffé. Surtout, pour du thé, l’eau chaude est indispensable.

Peut-on boire l’eau du robinet chaude ?

Pour l’eau robinet chaude offerte par des tuyaux, beaucoup de gens la confondent avec l’eau recyclée de chauffage qui contient des substrats nuisants à notre corps et ne peut donc pas être bue. L’eau de chauffage traverse la système et est donc totalement indépendante de celle de l’eau du robinet. Et, après avoir transmis la chaleur à nos chambres, une partie de l’eau est recyclée et l’autre s’échappe. Par contre, l’eau du robinet est conduite aux cuisines et aux salles de bain à travers des tuyaux après avoir été réchauffée par des chaudières. C’est comme la bouilloire électrique que nous utilisons pour réchauffer l’eau.

Un autre souci pour l’eau chaude sont les particules produites après avoir été chauffée longtemps. La concentration de nitrates et de nitrites, par exemple, augmente en raison de l’ évaporation de l’eau. Des nitrates se transforment en nitrites qui sont délétères. La critère de l’eau potable française, définissant le plafond de 50 mg/l pour des nitrates et 0.1 mg/l pour des nitrites, contrôle une concentration si faible que la concentration n’augmente pas sur une grande échelle après un réchauffement un peu long. Si on peut doser l’eau chaude à la sortie du robinet et la comparer avec l’eau du robinet froide,  cela pourrait contribuer à comprendre ce problème. Bien sûr, faire la cuisine avec l’eau du robinet froide enlève ce souci.

L’eau dure nuit à notre santé ?

L’eau, dans la plupart des régions de France est « dure ». On dit souvent que la bouilloire électrique, couverte par des incrustations, rend l’eau sale. Ces incrustations sont des sédiments décomposés des composés chimiques d’ions de calcium et de magnésium à haute température. Ce que nous buvons en contient plus ou moins. Alors, quelle concentration de dureté (taux de calcium et de magnésium dans l’eau) ne nuit pas à notre santé ? La Chine définit 450 mg/l, alors que l’organisation mondiale de la santé en prévoit 500 mg/l. Néanmoins, la France demande la dureté de l’eau potable supérieure à 150 mg/l, parce que l’eau trop douce va corroder des tuyaux et affecter la qualité de l’eau. En outre, boire l’eau dure est aussi une façon de compléter ses besoins en calcium et en magnésium. Par contre, l’eau douce est souvent acide  et fournit faiblement du calcium à notre corps. Si les incrustations sont épaisses, l’ajout de vinaigre lors d’un réchauffage va les éliminer.

 

Traduction de l’auteur,                                                                                                                                                                   Chen Miao

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