Colombia: verde o amarillo? >> Traducción a continuación de la versión en francés.

Gustavo Petro, Noemí Sanín, Antanas Mockus et Juan Manuel Santos
La vie politique colombienne semble sortir de sa léthargie. Le premier tour des élections présidentielles se tiendra le 30 mai prochain et l’on assiste à un phénomène politique d’une ampleur surprenante. Alors qu’on annonçait un duel “de droite”, pour une succession dans la droite ligne d’Alvaro Uribe entre l’uribiste Noemi Sanin et, du Parti conservateur, et Juan manuel Santos (de l’hyper-uribiste parti de la U), un ancien maire de Bogotá, membre du Partido Verde (PV), Aurelijus Rutenis Antanas Mockus Šivickas, plus simplement Mockus, vient redonner de l’espoir aux progressistes et intellectuels du pays. De souche lituanienne, fils de sculpteure, philosophe et mathématicien, Antanas Mockus est un véritable extra-terrestre dans la vie politique colombienne, traditionnellement conservatrice. Célèbre pour avoir montré son “cul” à des étudiants en arts chahuteurs pour pouvoir, radicalement, donner sa conférence, il connait actuellement une progression spectaculaire dans les sondages à 20% selon Semana. Santos est encore loin avec ses 30 %, mais certains espèrent en Colombie aujourd’hui que le bouche-à-oreille citoyen permettra à Mockus de l’emporter.
Mais pour ceux qui croyaient à ce changement possible, et qui souhaitaient mettre fin à la la politique de “sécurité démocratique” menée par le populiste-et-populaire Uribe depuis 2002, qui divise le pays, stigmatise certains groupes tout en jouant sur les peurs des Colombiens, l’alternative historique semblait être le Polo Democrático (PD) de Gustavo Petro. Le Pôle Démocratique, de couleur jaune, des “LibDems” à la colombienne, concentraient jusqu’à il y a peu tous les espoirs des progressistes.

Mais le charismatique Mockus, répétant que “la vie est sacrée”, que “les ressources publiques sont sacrées”, plaidant pour un environnement sain et durable, semble provoquer un bouillonnement intellectuel, une mobilisation populaire et une véritable réveil démocratique national. Dans cette élection à la française (scrutin majoritaire à deux tours), pour la gauche colombienne le dilemme est le suivant : pour gagner, doit-on rester fidèle au PD, par habitude, ou faut-il s’ouvrir au PV de Mockus?
Le premier président vert du monde serait-il colombien? Certains découvrent l’écologie, mais commencent à y penser sérieusement.
Ci-après un message d’ami : Vert ou Jaune ?
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Je tenais à te soumettre une réflexion que j’ai eue par rapport à la campagne présidentielle en Colombie.
Comme tu le sais, je connais relativement mal le paysage et l’histoire politiques de ton pays, et, hors du jeu politique colombien, je ne voterai pas, mais je crois percevoir une lame de fond qui pourrait faire avancer les choses dans ce pays, dont je suis peut-être justement assez éloignée pour oser te soumettre cet avis. Bon, en propos liminaire, je complèterai par mon positionnement : je suis “écologiste radicale libertaire”, ce qui conditionne certainement ce qui va suivre.
A quelques semaines du vote, nous ne sommes plus, et pas encore, dans la phase d’analyse politique, mais bien dans la phase de la conquête du pouvoir par un nouveau leader. Celle-ci, au sens de Machiavel, ne doit pas s’embarrasser d’hésitations ou de débat internes interminables, surtout quand on sait que le candidat d’en face (Santos) dispose d’une armée de militants et d’une stratégie d’influence très bien ancrée dans les cercles de pouvoir.
Il me semble qu’aujourd’hui la Colombie progressiste reste cependant divisée en deux camps, qui, ensemble seraient majoritaires, mais qui, opposés, laisseraient un boulevard au candidat “uribiste”. Le jeu d’échec de l’élection présidentielle, surtout avec le scrutin majoritaire à deux tours, pourrait bien en fait consacrer un candidat minoritaire à la fonction suprême.
Faut-il, pour vous “progressistes”, soutenir le PD, qui a depuis des années représenté le seul espoir de changement ou le PV, phénomène politique dont la germination récente surprend l’observateur, et qui est certainement dû à la figure d’Antanas Mockus, intellectuel et “vert” au sens européen du terme?
Il me semble que la polarisation de l’espace politique colombien s’est accrue au cours des années Uribe et que, de ton point de vue, le PD pourrait représenter LE vote 100 % changement, anti-mafias, clientélisme : le renouveau que ceux qui ont tout de suite vu clair à travers la politique de sécurité démocratique, ont toujours espéré.
Cependant, en terme d’union nationale et de perception internationale, faut-il, pour la Colombie, ce coup de barre à gauche ? Je m’explique. La popularité de l’actuel président reste indéniable, l’arrivée d’un parti “jaune” ou “orange” au pouvoir ne permettrait-elle pas à terme une “Restauration” par la Colombie conservatrice, en un mot, n’accroîtrait-elle pas la polarisation d’un pays qui cherche son union ?
D’un point de vue stratégique, n’y a-t-il pas un risque pour les Colombiens que l’élection du candidat PD, fasse croire à une filiation bolivarienne du pays avec les mouvements de gauche que l’on constate à ses frontières (ne parlons pas de Chavez….), c’est-à-dire une décrédibilisation du mouvement politique pro-changement, qui semble pourtant authentique? Je ne sais pas, en outre, si les prises de positions du PD sur les questions “sociales” (femmes, contraception, avortement, gays …) n’ont pas quelque peu troublé son “positionnement” politique.
Je comprendrais tout à fait si l’on me répondait: “tu n’y connais rien; Uribe et ses sbires ont vicié la vie politique colombienne ; seul le Polo peut permettre un retour aux valeurs de solidarité, d’éthique..” :
1 Est-ce vrai?
2 N’y a-t-il pas mieux à faire?
Tu me vois venir avec le “mieux”… Dans cette lutte à mort entre les candidats, ne faut-il pas voir plus loin? Ne faut-il pas soutenir l’émergence d’une force écologique et morale (je ne crois pas que Mockus ait tapé dans la caisse de la mairie de Bogota…?) qui serait en fait visionnaire. Aucun chef d’état dans le monde (à ma connaissance) n’est “vert”. Quels seraient les titres des journaux du monde le 1er juin 2010 au matin (en cas de tour unique) si la Colombie était le premier pays à franchir le pas ? Je crois comprendre que Mockus, pour devenir populaire, a dû s’adresser au peuple, employant parfois une rhétorique simple qui éveille la méfiance de ta pensée élitiste. MAIS, comme évoqué en introduction, aujourd’hui, il s’agit de gagner, pas de démontrer que le philosophe sait philosopher.
Voilà, donc rapidement, as-tu pensé à ce qui pourrait engendrer le vrai changement pour la Colombie? T’es-tu suffisamment distancée pour regarder le long terme, sans inconsciemment prendre une “vengeance” contre le clan de Medellin, qui a confisqué le pouvoir depuis 2004? Je pense qu’il est malaisé pour un citoyen colombien “progressiste” de réellement faire son choix : jaune ou vert?
C’est pour cela que je voulais essayer de parler, en français, du vrai changement, de l’unité nationale et d’un progressisme qui, venant de Colombie, pourrait surprendre le monde. Je sais que ces questions t’interpelleront certainement, et je serais très contente si tes potes pouvaient peut-être t’aider à mener ces réflexions, la politique ne se faisant jamais seule.
En tous cas à bientôt et bon courage,
Ulrike
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Quiero proponerte esta reflexión con respecto a la campaña presidencial en Colombia.* Como lo sabes, conozco mal el paisaje y la historia política de tu país, y, fuera del juego político colombiano, no votaré pero creo percibir una ola de fondo que podrá hacer avanzar las cosas en un país del cual estoy tal vez justamente lo suficientemente alejado para osar proponerte esta opinión. Bueno, en las observaciones introductorias, complementaré por mi posicionamiento: soy “ecologista radical libertaria”, lo que condiciona seguramente lo que sigue.
A pocas semanas del voto ya no estamos en la fase de análisis político, sino en la fase de la conquista del poder por un nuevo líder. Ésta fase, en el sentido de Maquiavelo, no debe cargarse de dudas o de debates internos interminables, sobre todo cuando sabemos que el candidato que tenemos en frente (Santos) dispone de una armada de militantes y de una estrategia de influencia muy bien anclada en los círculos del poder.
Me parece que hoy la Colombia progresista sigue sin embargo dividida en dos campos, que juntos, serían mayoritarios, pero que separados, dejarían el camino libre al candidato “uribista”. El juego de ajedrez de las elecciones presidenciales, sobre todo cuando se juega a votación mayoritaria en dos vueltas, podría de hecho consagrar un candidato minoritario en la función suprema.
¿Hay que apoyar al Polo Democrático (PD), que desde hace algunos años ha representado la única esperanza de cambio, o al Partido Verde (PV), fenómeno político cuya germinación reciente sorprende al observador, y que se debe seguramente a la figura de Antanas Mockus, intelectual y “verde” en el sentido europeo del término?
Me parece que la polarización del espacio político colombiano ha aumentado a lo largo de los años Uribe, y que, desde tu punto de vista, el Polo Democrático podría representar EL voto 100% cambio, anti-mafias, clientelismo: la renovación que esperaron siempre aquellos que vieron claro de inmediato y a través de la política de seguridad democrática.
Sin embargo, en términos de unión nacional y de percepción internacional, es necesario para Colombia este cambio de dirección extremo hacia la izquierda? Me explico. La popularidad del presidente actual es innegable, así ¿ la llegada de un partido “amarillo” o “naranja” al poder no permitiría a la larga una Restauración de la Colombia conservadora?, en otras palabras, ¿la elección del PD no incrementaría la polarización de un país que busca su unión?
Desde un punto de vista estratégico, no representa un riesgo para los colombianos que la elección del candidato del Polo Democrático cree una filiación bolivariana del país con los movimientos de izquierda que observamos en sus fronteras? (no hablemos de Chavez…) Es decir una desacreditación del movimiento político pro-cambio, que parecería sin embargo auténtica? No sé, además, si las tomas de posición del Polo sobre los asuntos sociales (mujeres, contracepción, aborto, homosexuales… ) no han de algún modo alterado su “posicionamiento” político?
Comprendería si alguien me respondiera: “Tu no sabes nada; que Uribe y sus esbirros viciaron la vida política colombiana y que sólo el Polo puede permitir un retorno a los valores de solidaridad y ética….”
1. ¿Es esto cierto?
2. ¿No hay nada mejor por hacer?
En esta lucha a muerte entre los candidatos, ¿no hay que ver más lejos? ¿No hay que apoyar la emergencia de una fuerza ecológica y moral (no creo que Mockus haya tumbado a la alcaldía de Bogota… ?) que sería de hecho visionaria? Ningún jefe de estado (que yo sepa) en el mundo es verde. ¿Cuáles serían los títulos de los periódicos del mundo en la mañana del primero de junio de 2010 (en caso de que Mockus ganara en la primera vuelta) si Colombia fuera el primer país en dar ese paso? Creo comprender que Mockus, para ganar popularidad, debió dirigirse al pueblo, empleando a veces una retórica simple que despierta la desconfianza de tu pensamiento. PERO, como dije en la introducción, hoy, se trata de ganar, no de demostrar que el filósofo sabe filosofar.
Aquí están entonces rápidamente mis reflexiones, ¿ has pensado en eso que podría engendrar un verdadero cambio para Colombia ? ¿ Te has distanciado lo suficiente para ver a largo plazo, sin tomar inconscientemente una posición de venganza contra el clan de Medellín que ha confiscado el poder desde el 2004 ? Pienso que no es fácil para un ciudadano colombiano “progresista” realmente escoger: ¿verde? o ¿amarillo?
Es por ello que quise hablar, en francés, del cambio verdadero, de la unidad nacional y de un progresismo que, viniendo de Colombia, podría sorprender al mundo. Sé que estas preguntas ciertamente te interpelarán y estaré muy contenta si tu círculo social podría ayudar tal vez a dirigir estas reflexiones, ya que la política no se hace jamás de forma solitaria.
En todo caso, hasta pronto y ánimo,
UM
* E-mail escrito originalmente en la lengua materna de UM, autora francesa de ésta epístola. Traducido generosamente al español por Rocío Pérez y gracias a su iniciativa para contribuír a su difusión.

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